Frontignan-Plage, où les musiques fleurent bon

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La Méditerranée nous ouvre grand ses bras de mer autour de l’étang de Thau. Direction Frontignan : ses plages de galets, son cagnard écrasant, ses cigales horripilantes, son usine de raffinement de pétrole, son vote FN… Et une odeur nauséabonde tenace. Renseignements pris, une algue, la malaïgue, en est responsable et mène la vie dure aux conchyliculteurs bouzigauds. Les moules sont touchées, les fameuses huîtres de Bouzigues un peu moins. On en trouve quelques spécimens devant le Ciné Mistral. L’apéro suit une projection-débat du film de Rachid Djaïdani. Ce jeune auteur a fait le making of de son second roman pour fermer le bec de ceux qui l’accusaient de ne pas avoir écrit son premier, Boumekoeur, un carton. Cette rencontre, organisée en marge du Festival de Thau, est placée sous le thème de la discrimination. «Dommage que les jeunes soient à la plage. C’est encore l’endroit où il y a le moins de discriminations à Frontignan », plaisante un organisateur. Sur les plages, parmi la population popu de vacanciers, aucun ne semble connaître le Festival de Thau qui égrène ses concerts autour de Mèze pour élargir son public. Ce soir, les arènes de Frontignan accueillent deux groupes de ska locaux qui remplacent au pied levé Debout sur le zinc. Ensuite, clou de la soirée, les Stéphanois de Dub incorporation vont ravir leurs fans décontractés. Parmi ces jeunes néo-babas, aucun ne fréquente les plages de Frontignan.
Jérémie et Aurélien, membres de Dub incorporation, n’ont, eux, pas fait la fine bouche et avouent avoir goûté à l’eau turquoise dans l’après-midi. «On venait en vacances ici quand on était petit. C’est si rare les festivals de bord de mer de qualité. » Ouvert et cohérent dans ses choix artistiques, le Festival de Thau est en effet à milles lieues des tournées d’été organisées par une radio ou un apéritif anisé. « Ce n’est pas anodin de faire une proposition musicale dans le contexte social de l’étang », explique Monique Teyssier, présidente du festival. En fin de soirée, l’odeur des pétards couvre presque la puanteur de la malaïgue.

Benjamin Chapon