Vienne, où l'on ne met pas d'eau dans son jazz

©2006 20 minutes

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Les organisateurs de Jazz à Vienne, craignaient deux choses : que l'orage éclate et que la France aille en finale de la Coupe du monde. La France a gagné, la soirée du 9 juillet sera sinistrée. L'orage a éclaté dans l'après-midi, mais a épargné les concerts de soirée. A la Cybèle, petite scène gratuite installée au milieu de ruines gallo-romaines, Intermed a préféré jouer unplugged pour ne pas risquer le court-circuit. Ce groupe, composé d'élèves de l'école de jazz de Vienne, existe depuis plus de dix ans et a vu passer dans ses rangs des solistes aujourd'hui devenus pros.

Le concert du soir au théâtre antique était quant à lui exigeant et beau. Les frères Belmondo étaient accompagnés de la légende vivante de la flûte et du saxophone, Yusef Lateef, et d'un orchestre de pointures : huit vents excellents, Sylvain Romano à la contrebasse, Dre Pallemaerts à la batterie et Laurent Fickelson au piano. Dream team pour musique savante. Reprenant la filiation entre jazz et musique liturgique française là où Lili Boulanger l'avait laissé, l'orchestre, et les improvisations, sont menés de hautbois de maître par Lionel Belmondo. Son frère Stéphane, au buggle et aux « coquillages », a passé la soirée à replacer le micro de Yusef Lateef, quand il ne casait pas lui-même quelques solos époustouflants. Quant au maestro Lateef, sa sérénité géniale donnait à l'ensemble une spiritualité lyrique. Ce qui n'empêchait pas les jazzmen de ponctuer chaque phrase musicale de « wouh » et de « yeah » lancés avec de larges sourires satisfaits. Le programme proposait ensuite l'Américaine Carla Bley accompagnée d'un big band. Les spectateurs qui n'avaient ni faim de loup ni patriotisme beuglant à assouvir, sont sortis ravis. Les plus téméraires ont traversé le Rhône pour la Verrière, où le slam de Dum Dum concurrençait grondements du tonnerre et avertissements. Nous avons préféré prendre de la hauteur sur la vallée et tout le reste, et passer une nuit sur le parking d'un belvédère et sous des trombes d'eau.

Benjamin Chapon