Reims, où les amateurs de beau jeu se régalent

©2006 20 minutes

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Flâner, voilà un luxe qu'on ne peut assurément pas se permettre quand on entreprend un tour de France des festivals en cinquante jours. Les mélomanes rémois, eux, ont le temps. Leurs Flâneries musicales, 17es du nom, se sont installées pour plus d'un mois en divers endroits de la ville. A raison de deux ou trois concerts par jours, dont une majorité sont gratuits. Celui de samedi soir affichait le prix modeste de 10 e. Pas de quoi cependant attirer les jeunes qui tuent le temps derrière la cathédrale de Reims, ni les familles qui patientent en attendant le France-Brésil du soir. L'assemblée des flâneurs est essentiellement grisonnante devant les portes du Cirque. Certains ont patienté jusqu'à deux heures avant l'ouverture des portes malgré la chaleur assommante. A l'intérieur, pour tromper la torpeur, des éventails ont été distribués. La harpiste doit accorder son instrument toutes les dix minutes. Pas de stratagèmes. A 19 h pétantes, Pascal Verrot et son orchestre de Picardie déboulent avec une pièce de Fauré. Les mimiques et attitudes sautillantes du chef d'orchestre font sourire les premiers violons. Moins primesautier, le concerto pour orchestre et violoncelle de Schumann, avec la star Ophélie Gaillard, puis une symphonie de Mendelssohn complètent une soirée de haut niveau.

Historiquement, les Flânerie répondent à deux exigences. Qualité des concerts : de ce côté-là, le contrat est rempli. Et ouverture aux non initiés à la musique classique. Défi ou utopie ? Le public populaire ne se laisse pas aisément séduire. Samedi soir, Ophélie Gaillard a expédié son rappel pour ne pas mettre en retard les mélomanes amateurs d'une autre forme de beau jeu...

Dimanche matin, après une nuit de concerts de klaxons, les Flâneries continuent. Dans le quartier du chemin vert, en guise d'apéritif musical, sont proposées gratuitement deux sonates de Schumann, par deux jeunes et brillants solistes, violon et piano. Frais, romantique et de très haute qualité, le concert se tient dans un théâtre art déco, au centre d'anciennes cités jardins, devenues un agréable quartier populaire. Les utopies ont la vie dure.

Benjamin Chapon