Objet de l'été: le Kindle, sur la plage de Santa Monica

TEST Le livre électronique d'Amazon et le sable californien font-ils bon ménage?

Philippe Berry, les pieds dans l'eau

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Le Kindle DX d'Amazon, sur la plage de Santa Monica, en juillet 2009
Le Kindle DX d'Amazon, sur la plage de Santa Monica, en juillet 2009 — DR

De notre correspondant à Los Angeles

(A lire au son de la chanson «Santa Monica» d'Everclear, hymne du rock alternatif californien du milieu des années 90)

 

Pas besoin d'aller chercher le sable bien loin.  Depuis West Hollywood, une quinzaine de kilomètres et on se retrouve les pieds dans le Pacifique, à Santa Monica. Le célèbre pier est là. La grande roue aussi. Ce samedi de juillet ressemble à tous les samedi de juillet. Le soleil brûle, ça sent bon la crème solaire, les surfeurs sont musclés et les filles font du roller en bikini. Welcome to L.A.

Clipé dans sa couverture en cuir, le Kindle s'ouvre presque comme un livre. Tout nu, il donne l'impression d'avoir entre les mains une de ces ardoise velleda qu'on utilisait pour le calcul mental à l'école. «C'est quoi?», demande Narineh, une amie Suédoise intriguée. Elle tourne l'appareil dans tous les sens et lit le menu. Verdict: «Ohh, y a aucun reflet, on voit super bien!» Car c'est le tour de magie de cette technologie e-ink (encre électronique): l'absence de rétro-éclairage permet de s'approcher du ressenti d'une feuille de papier gris clair. En revanche, on ne touche pas avec les doigts comme un iPhone, mais via un joystick et des boutons. A presque 500$, Amazon, seriously?

 

Le Seigneur des anneaux, mais pas Harry Potter

 

Mary, une Californienne de Newport Beach, revient de la baignade (un petit 20°) et s'ébroue. Le Kindle supporte plutôt bien les goutes. En revanche attention à ne pas rayer l'écran quand on en chasse le sable. 300.000 livres, mais lequel choisir? Plage oblige, va pour «The Scarecrow», le dernier polar de gare de Michael Connelly. 10$ au lieu de 17$ pour la version papier, nice! Le téléchargement ne dure que quelques secondes. Le confort de lecture est vraiment au top, sans effort pour les yeux.

 

«Y a des classiques comme le Seigneur des anneaux», s'interroge Martin, également scandinave. L'œuvre de Tolkien est bien là. «Les Hauts de Hurlevent aussi», demande Mary? Affirmatif. Un clic et le nouveau livre est disponible, sans surcharger le sac de plage. En revanche, pas de «Harry Potter», pour des histoires de droits.

 

Le Kindle narrateur

 

Narineh voudrait bien un magazine. «Newseek, ça te va?» «Euh, ils n'ont pas People plutôt?». Le magazine de potins n'est pas disponible sur le Kindle, va pour Newsweek. «Et les couleurs, elles sont où?», demande-t-elle. Sur le Kindle, tout est gris. Certes en 16 niveaux, et les photos sont fines, mais le tout est aussi triste que la Picardie sous la pluie. Tout près, le bruit des vagues ramène à la réalité californienne.

 

L'article parle de la démission surprise de Sarah Palin. En tenant le Kindle horizontalement, l'image pivote au format paysage. Le zoom, lui, a été complètement oublié par Amazon. Etrange alors que le Kindle fait fureur chez les plus de 50 ans. En revanche, le Kindle dispose d'une fonction text to speech.

 

L'appareil se met à lire tout haut, couvrant sans problème les cris d'enfants voisins: «Pour certains stratèges républicains, cette démission illustre le comportement erratique de Sarah Palin.» Certes, la voix de «Tom» sonne encore un brin synthétique. Et les pauses dans la phrases ne sont pas toujours naturelles. Mais il est capable de lire n'importe quel texte –il ne s'agit pas d'une version audio enregistrée. Tout le monde est bluffé... sauf Mary , qui ne «pourrait pas l'écouter plus de 5 minutes». Les approximations de certains sons –notamment les noms propres– passent mieux auprès des oreilles internationales visiblement (on cependant peut télécharger des livres audio avec un vrai narrateur depuis son ordinateur et les transférer).

 

 

Verdict

16 heures. L'expérience est globalement très concluante. Certes, tous les titres ne sont pas disponibles, et on n'a pas le plaisir du papier entre les mains. Pas plus mal quand on sort de l'eau. Un ballon roule jusqu'à côté du Kindle. Finie la lecture. C'est l'heure du beach volley.

Pas disponible en France

Le Kindle est au livre ce que l'iPod est à la musique. Amazon a lancé son livre électronique en 2008. Aussi élégant qu'une Volvo des années 80, il génère malgré tout un vrai buzz, notamment grâce à son écran non rétro-éclairé qui ne fatigue pas les yeux. Il hérite d'un grand frère en février dernier (à l'écran 50% plus grand), aussitôt suivi, en mai, par le Kindle DX (qui peut embarquer 3.000 livres et intègre un support natif du PDF). Via le réseau de téléphonie 3G, la Kindle store donne accès à une bibliothèque anglophone de 300.000 titres, ainsi qu'à de nombreux journaux et magazines –et même aux blogs les plus populaires. Le Kindle DX coûte la bagatelle de 489 dollars. Pas la peine de faire la conversion en euros, il n'est toujours pas disponible en France, où il faut se contenter du Sony e-reader.