Go fast: Heure de pointe

ROMAN DE L'ETE Lisez le dixième épisode de l'aventure écrite par Marc Wilhem...

Marc Wilhem

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Sur l'eau, les trafiquants chargent des centaines de kilos de drogue sur de longs hors-bord spécialement fabriqués. A l'arrière, trois ou quatre moteurs de 250 chevaux leur permettent de naviguer plus vite que n'importe quelle embarcation entre les côtes marocaines et l'Espagne ou la France. Seul un hélicoptère de la marine et son tireur d'élite sont alors efficaces
Sur l'eau, les trafiquants chargent des centaines de kilos de drogue sur de longs hors-bord spécialement fabriqués. A l'arrière, trois ou quatre moteurs de 250 chevaux leur permettent de naviguer plus vite que n'importe quelle embarcation entre les côtes marocaines et l'Espagne ou la France. Seul un hélicoptère de la marine et son tireur d'élite sont alors efficaces — Raymond Roig AFP/Archives

Le soleil est encore haut tandis que nous chargeons la came dans les deux embarcations de Rachid. Il s'agit de deux zodiacs à coque rigide peints en noir mat et propulsés par quatre moteurs de quarante chevaux. Dans le premier se trouvent Mounir, Rachid, deux mecs du village et moi. Le second est conduit par cinq autres gars de Rachid. La cargaison et les nombreux bidons d'essence qui recouvrent la presque intégralité du sol du hors-bord font que l'on a du mal à circuler dans l'embarcation.

 

C'était la première fois que Mounir, comme moi d'ailleurs, fait la traversée avec la marchandise, d'habitude on attendait en Espagne. On est étranger à ce qui se passe et ça ne me plait que très moyennement.

- Rachid, tu es sûr que partir en plein jour c'est une bonne idée ?

Mounir n'a pas l'air rassuré non plus.

- Même avec ces beaux bébés qui montent à presque cinquante nœuds …

- Nœuds ? Parle en français je ne suis pas le Pirate des Caraïbes !

- A peu près quatre-vingt-dix kilomètre heures, il nous faut entre sept et dix heures pour aller jusqu'à Benidorm … si on ne fait pas de mauvaise rencontre. Tiens regarde aux jumelles, on n'est pas les seuls à partir.

Mon cousin nous passe une lunette. Au loin un hors-bord fend les flots à grande vitesse en direction de l'Espagne.

- C'est des gars de Tizi-Ousli qui livrent. Je savais qu'ils partaient aujourd'hui pour amener une demi tonne de kif à des mecs de la région de Lyon. Ils vont décharger vers Tarragone. C'est l'heure de pointe, le meilleur moment pour partir, comme ça on arrive au petit matin et les coins les plus chauds de la côte espagnole, sont traversés de nuit.

 

Rachid avait l'air d'avoir raison, aucun problème durant les premières heures de navigation. Malgré la tension ambiante, le vent et les embruns qui nous fouettent le visage ainsi que le fait d'être secoués comme des sacs, la promenade est relativement agréable. A la nuit tombée Rachid fait stopper les moteurs. Visiblement très inquiet, il nous montre deux points lumineux, un rouge et un vert qui se déplacent dans le ciel. Mon cousin, lui, les fixe grâce à sa lunette de vision nocturne.

- C'est un Falcon des Douanes … merde il doit y avoir une opération dans le coin.

Mounir peste.

- Et alors ? On s'en bat les couilles, il ne va pas atterrir sur l'eau pour nous chopper !

- Non mais s'il nous repère il passe la main à la marine française ou espagnole et là … avec toutes les mesures contre l'immigration clandestine, c'est blindé de navires de guerre dans le coin … oh putain il fait demi tour … c'est pas possible on est vachement loin, il n'a pas pu nous voir … enculé, il revient vers nous …

La tension est extrême, la seule lumière visible vient du petit GPS qui trône sur le tableau de bord du canot.

- … Il refait demi tour … c'est bon il doit être sur quelque chose d'autre …on repart les gars, plein gaz ! Il vaut mieux ne pas trop traîner dans le coin.

 

Et c'est pile à ce moment là que les moteurs de la seconde embarcation nous lâchèrent.

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