Leur séance du mercredi : "Miami Vice"

— 

Les nouveaux flics de Miami s'apprêtent à monopoliser le grand écran, 20 ans après le succès planétaire de la série télévisée du même nom mais les spectateurs avisés ne manqueront pas "La science des rêves" de Michel Gondry, dans la même veine onirique et burlesque que son précédent film "Eternal sunshine of the spotless mind".
Les nouveaux flics de Miami s'apprêtent à monopoliser le grand écran, 20 ans après le succès planétaire de la série télévisée du même nom mais les spectateurs avisés ne manqueront pas "La science des rêves" de Michel Gondry, dans la même veine onirique et burlesque que son précédent film "Eternal sunshine of the spotless mind". — AFP/Universal

Deux de nos journalistes sont allés voir le film de Micheal Mann. Un garçon, une fille, un pour, un contre.

La fille : Je ne m'attendais certes pas à un chef d'oeuvre, mais au moins à quelques frissons, de l'émotion, de l'aventure, du suspense, des beaux mecs tombant des femmes sublimes sur fond de cocotiers, que sais-je encore ? Hélas, après vingt minutes de pub + quinze minutes de bande-annonce + cinq minutes où l'on en vient presque à réclamer le film à cor et à cri dans la salle, il faut bien l'avouer : "Miami Vice" est profondément chiant. Deux heures et quart qui vous passent sur le corps. Tous les ingrédients sont pourtant là : deux beaux mecs -quoique dénués de tout sex-appeal-, des pistolets et mitraillettes en rafales (pardon), une histoire d'amour torride et une autre histoire d'amour torride (d'ailleurs les deux couples auront droit à la même scène sulfureuse sous la douche, pas de jaloux), des explosions qui font peur au ventre, de la drogue en veux-tu en voilà avec plein de narco-trafiquants patibulaires de Colombie, de l'angoisse parce que l'un des héros va peut-être être tué mais en fait on s'y est pas vraiment attaché, donc bon... et quelques palmiers par ci par là ­- on est à Miami, tout de même. Mais non, vraiment, la sauce ne prend pas. A la 40e minute, votre oeil se fait de plus en plus lourd, le sommeil vous envahit peu à peu... Alors vous luttez, bien sûr, vous vous débattez comme un chien, vous voulez les voir, Jamie Foxx et Colin Farrell en train de faire leur numéro, mais c'est plus fort que vous, et vous sombrez. Attention, une micro-sieste, dix minutes, pas plus. Comme ça vous aurez quand même le plaisir de vous ennuyer jusqu'au bout du film, en attendant de pouvoir revoir la série, paraît-il beaucoup plus drôle.

Faustine Vincent

Le garçon :
Bon, ma voisine du dessus force un peu le trait, il y a des choses à retenir dans ce film. D’abord, on sort de la salle en sachant organiser un trafic de cocaïne entre la Colombie et la Floride, ce n’est pas rien. Michael Mann a une approche documentaire de son sujet qui crédibilise les aventures de Sonny Crockett et Ricardo Tubbs. Le spectateur a également droit à une très belle galerie de seconds rôles, dont un baron de la drogue d’un calme inquiétant prénommé Jesus ressemblant au prophète, un gros méchant moustachu vissé au téléphone, un indic mort de peur, le supérieur hiérarchique des héros dont les yeux donnent des ordres… Autant de personnages qui circulent dans des voitures de luxe qui impressionneront les amateurs, Ferrari décapotable, Range Rover customisé, coupé Bentley, vitres teintées, crissement de pneus, tout y est. Idem pour les fondus d’architecture qui tenteront de retenir les courbes de villas affriolantes dont une surplombant les chutes d’Iguaçu. Cette débauche de moyens fait en permanence des clins d’œil au spectateur jusqu’à la fusillade finale, impressionnante de réalisme. Le son des coups de feu et leurs impacts semblent calqués sur les dernières images de guerre que présentent les chaînes d’information. Comme pour rappeler qu’on s’est bien rincé les yeux pendant deux heures mais qu’il faut revenir à la réalité, c’est-à-dire la mort. Violente en l’occurrence, mais toujours stylisée.

Arnaud Sagnard