Le niveau d'anglais des lieux touristiques parisiens

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L'année 2006 devrait marquer un virage pour le secteur du tourisme après le marasme lié au 11-Septembre, et la Chine émerge comme un nouvel Eldorado au potentiel de croissance fulgurant.
L'année 2006 devrait marquer un virage pour le secteur du tourisme après le marasme lié au 11-Septembre, et la Chine émerge comme un nouvel Eldorado au potentiel de croissance fulgurant. — Daniel Janin AFP/Archives

En matière de tourisme, une idée reçue semble avoir la dent dure : les Français seraient, selon les étrangers, particulièrement incapables de les renseigner en anglais, contrairement aux autres pays européens. « Superbe Paris, mais quelle galère pour s’orienter vu le niveau d’anglais des Parisiens », m’a lancé cet été Gaya, une jeune Polonaise routarde. Un reproche maintes fois entendu, qui ne demandait qu’à être vérifié. Alors ce matin, j’ai décidé d’oublier mon français et de parcourir les transports, les monuments et les restos de la capitale, avec pour seule arme mon accent so british. Je n’ai pas été déçue du voyage linguistique !

Dès le départ, dans le bus, le chauffeur m’a regardée bizarre quand je lui ai demandé « How can I take the A ligne of the train to La Défense ? ». Je n’ai pas insisté, pourtant mon « La Défense » était particulièrement bien prononcé, je trouve, pour une touriste italo/hispano/brésilienne en goguette. Dans la gare, le guichetier auquel j’ai demandé « At what time is the last train to the airport ? » m’a répondu que « the ticket to the airport is 10,40€ ». Pas grave, il avait identifié l’« airport », c’est pas si mal. Orly ou Roissy, ça reste à déterminer. Au guichet suivant, ma demande de « daily ticket » a été ponctuée par une moue de dégoût. Même réaction quand j’ai demandé comment aller à la Eiffel Tower. Un touriste allemand, moins perdu que moi, s’est donné la peine de me renseigner. Danke.

J’aurais peut-être plus de chance dans les monuments. Direction le plus fameux d’entre eux, la Eiffel Tower, et ses files d’attente interminables. Dans les rangs, les gens parlent à peu près tout sauf le français. Les touristes chinois et leurs appareils photo pullulent. Au guichet, les questions qui ne sont pas en rapport direct avec la vente de billets sont particulièrement mal accueillies. « How can I eat at the restaurant in the Eiffel Tower ? » demande quelqu’un devant moi. « I don’t know », répond la dame. « Can I buy my ticket now and visit the Eiffel Tower tomorow ? » demande un autre. « I don’t know », assène la dame, signe qu’elle dispose d’une réponse unique dès qu’elle ne comprend pas. Inquiétant.

Dans les restos cependant, le niveau semble meilleur. Dans la dizaine de brasseries visitées, quelqu’un a chaque fois pu, ou tout du moins tenté de me renseigner. Bizarrement, c’est dans des établissements de fast food type Mac Gro que les étrangers ont semblé avoir le plus de difficultés à se faire entendre. Heureusement, les images des menus aident beaucoup à la compréhension. De toute façon, mieux vaut pour les touristes qu’ils ne soient pas trop tatillons sur ce qu’ils désirent consommer. La preuve en est dans un stand de vente à emporter, pourtant situé dans la très fréquentée entrée des Galeries Lafayette, où un couple d’Anglais a mis près de cinq minutes à se faire servir un thé. La vendeuse, pourtant de bonne volonté, ne comprenait pas pourquoi l’ice tea qu’elle brandissait ne les satisfaisait pas. Il a fallu l’intervention du client suivant pour mettre fin au quiproquo. « Mais enfin, vous voyez bien qu’ils veulent un thé, ils pointent la machine depuis trois minutes », s’est énervé le monsieur, excédé.

Alors les touristes arrivent t-ils à rester zens pour autant ? Tout au long de mon périple, certains m’ont confié leurs désarrois, en anglais dans le texte. « Il est particulièrement difficile de demander son chemin à des Français, et les Parisiens sont particulièrement désagréables. Encore, en province, ils font des efforts », raconte une Américaine. « Le plus simple, c’est de demander aux autres touristes, qui connaissent mieux Paris que nous. Eux au moins, ils comprennent notre galère », complète une Autrichienne, qui confirme, dans un anglais parfait, que « le mauvais niveau d’anglais des Français est très connu chez nous !». Enfin, un Espagnol distille un ultime conseil à ceux qui s’aventurent dans la capitale. « Si l’on ne connaît pas du tout Paris, il faut venir en saison, où il y a des gens formés dans les lieux touristiques pour nous répondre. Car en hiver, c’est l’enfer, il n’y a plus personne pour nous épauler ».

Magali Gruet