Les Italiens en vacances, post Coupe du monde

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Quelques supporteurs italiens "assument" l'hostilité à laquelle ils sont parfois confrontés. Dorian, Français d'origine italienne, porte l'écharpe vert, blanc et rouge: "Ils ont pu prendre leur revanche sur l'Euro 2000", dit-il.
Quelques supporteurs italiens "assument" l'hostilité à laquelle ils sont parfois confrontés. Dorian, Français d'origine italienne, porte l'écharpe vert, blanc et rouge: "Ils ont pu prendre leur revanche sur l'Euro 2000", dit-il. — Jack Guez AFP

Après un mois de juin particulièrement rude, rythmé par les matchs footballistiques visionnés et commentés par mes chers confrères de la rédaction, mon calvaire avait enfin pris fin. L’équipe de France, à l’issue d’un match mi-figue mi-raisin le 9 juillet, avait enfin réussi à se faire sortir, sur une très belle action de Trézéguet. Les Italiens exultaient. Soit. Si le lendemain l’un de mes collègues du service Paris faisait largement la gueule, moi je rêvais déjà aux merveilleux programmes que TF1 allait enfin nous servir pour l’été… Rien de grave, donc. Je pouvais partir en vacances tranquille, sans risque d’entendre parler de l’affaire à mon retour, quatre ans durant.

Me voici donc en Grèce, au Pirée, à attendre le bateau qui me conduira dans les Cyclades, attablée dans une brasserie, devant une salade grecque baignant dans son huile d’olive. Je rêve à mes plages de sable fin, au soleil qui a oublié de passer par Paris cette année. Soudain, à la table d’à côté, un groupe de cinq garçons s’installe, et repère vite la femelle à aborder (moi). Comme tout bon étranger, nous nous posons la question rituelle. « Where are you from ?»  «Italia» ils répondent. « France », je rétorque. Moue gênée de la partie adverse. « We are world champions», me glisse l’un d’entre eux. Original. «Congratulation », je lui répond, passionnée d’avance par le débat qui se profile. Incrédule, le gars ne s’attendait pas à ça. Plus un mot sur le sujet. Aucune surenchère. Me voici débarrassée, mais vivement que j’arrive sur mon île.

Quelques jours passent, je vogue de Santorin à Paros, de Paros à Mykonos… et bientôt, une dure réalité s’impose à moi : les Italiens sont partout, remplis d’une sorte d’agressivité post match. Ils sont champions du monde, veulent le faire savoir, et usent de tous les moyens pour divulguer cette information de premier ordre. Seul souci : leur niveau d’anglais frôle celui de ma grand-mère. Alors ils improvisent : «We are word champions », répètent t-ils en boucle. C’est presque ça. Je les connaissais grande gueule, (voleurs, menteurs, mafieux, les clichés quoi), je les découvre ouvertement mauvais gagnants. Chaque fois qu’ils m’interrogent sur ma nationalité, j’ai droit à la même grimace de dégoût, comme si c’était une maladie. Les Français sont rebaptisés « Zidane », moi compris, et se font insulter dès qu’ils se retrouvent seuls (en italien, car l’anglais, manifestement, ça ne vient toujours pas). Affligeant. Heureusement, en étant une fille, j’en mange moins que les autres. Sont pas très courageux les ritals, mais quand même. Au camping, je me fais juste interpeller (« eh, Zinédine ! ») dès que je me déplace, même, et surtout, au milieu de la nuit. La grande classe. Dix jours durant. Juste assez pour m’énerver et m’empêcher de trouver le sommeil cinq minutes. Mais d’autres ont moins de chance que moi. Un soir, un groupe de Lyonnais retrouve sa tente démontée en rentrant de boîte, un gros tag « Zidane » dessiné sur la porte. Sans vouloir tirer de conclusion hâtive, et avec toute la rigueur journalistique que j’essaie d’avoir, selon moi, ce n’est pas un coup des Polonais. Les Italiens m’exaspèrent, alors que le foot ne m’intéresse pas. Je n’ose même pas imaginer l’état de nerf de mes compatriotes à qui le ballon rond tient à cœur.

Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. Un soir, au milieu d’une beach party à Mykonos (le genre de fête où tout le monde monte sur les tables à partir de… 16h), et alors que je me déhanche allègrement sur des tubes de l’été très classes (style « If you want to be rich, you’ve got to be a bitch », un must), un air inconnu vient vrombir à mes oreilles. Peu n’importe, je suis lancée, je me déchaîne. Greg - un Français rencontré 2 minutes 30 plus tôt, et « bien content de trouver des Français, il n’y a que des Italiens ici ! » - me glisse : « Tu danses, t’as écouté les paroles ? ». «Euh, non.» (Depuis quand c’est important les paroles sur la house ?) Je tends l’oreille. « La mamma di Zidane la puta » hurle le disque (excusez mon Italien). J’hallucine. Une horde d’Italiens suants, tous poils dehors, beugle les paroles. Motivée, je me mets à siffler. « Tais toi, on va se faire casser la gueule », me lance Greg. Le titre passera trois fois dans la soirée. Ce DJ grec ne manque pas de culot. Même lui est contre nous. Il est temps de rentrer.

Les vacances étaient top, mais l’acharnement italien un poil (c’est le moment de le dire) agaçant. Je me suis renseignée, il paraît qu’on les rencontre le 6 septembre au Stade de France pour les qualifications de l’Euro – 2008 (je sais pas trop à quoi ça correspond, mais ça a l’air d’être une compétition importante). Le foot, je m’en fous toujours autant. Mais vu l’été qu’ils m’ont fait passer, et je ne dois pas être la seule, il faut les mettre minables. Peut-être que, même, je vais regarder…

Magali Gruet