Marcher en tongs sans se dégueulasser les pieds

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Cet été, plus personne ne rit à la vue de tongs à Paris. Les semelles en caoutchouc ont beau n’avoir aucun style, elles font partie du décor. Les doigts de pieds s’aèrent, on se croit un peu en vacances. Tout pourrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des tongs, sauf qu’une fois rentrés à la maison, les pieds sont noirs. Trop de pollution. Trop de poussière. Les plantes de pieds sont si dégoûtantes qu’il faut renoncer à les poser sur leur emplacement naturel, la table basse, sous peine de voir ses amis partir en courant (ceux qui n’ont pas de tongs tout du moins, car il est très difficile de courir en tongs comme l’illustrera un très prochain test).

Alors pour ceux qui se sont toujours demandé à quoi pouvaient bien servir les bidets, qu’ils sachent qu’ils ont été inventés par ceux-là mêmes qui ont conceptualisé les tongs, car les deux vont de paire. Sauf que 80% des Français n’ont pas de bidet (sondage effectué en face à face auprès d’un échantillon peu représentatif de cinq personnes travaillant à la rédaction de 20 minutes). Sitôt rentré chez soi, il faut donc partir illico à la douche  - « Excuse moi Chérie, une urgence » – ce qui est malpoli, peu pratique, et à la longue suspect. Sans compter que pour ceux qui n’ont pas fait de compétition de poutre dès leur plus jeune âge, il est extrêmement difficile de trouver l’équilibre sur une jambe, sans glisser, sous l’eau qui tombe, et de frotter en même temps très fort sous l’autre pied. Le tout se révèle épuisant pour une activité, le port de tong, censée incarner le farniente.

Heureusement, le mois dernier, une publicité dans un magasine vantait un produit magique, censé chasser ces fameuses traces noires. Bon oeil bon pied, j’ai donc testé. Pour le bien de mes panards et au nom de l’amitié, pour que les gens restent copains l’été.
A première vue, le gant liquide (flüssiger Handschuh en VO) laisse perplexe. Il faut l’étaler sur la plante du pied, tout en faisant couler de l’eau dessus. C’est gras, mais pas grave : s’il en reste sur les mains, cela évitera que de la poussière se colle aux paumes. Ensuite on enfile ses tongs, et on marche. Comme si de rien n’était, presque normalement. Mais attention à l’accident du travail, ça glisse, et cela peut vite se révéler dangereux dans l’escalier. Au bout de quelques minutes toutefois, la sensation de patinage s’estompe. On est bien dans ses tongs, enfin normal quoi, et tous les 100 mètres, on vérifie qu’ils sont toujours immaculés. Ils le sont, mais en même temps, les autres jours, on ne se fait pas un point perso tous les 100 mètres pour vérifier l’état de ses pieds.

Au bout de deux heures, après avoir marché sur les quais, pris le métro, puis de dépit lancé ses pieds à la rencontre des pots d’échappement, il faut pourtant bien se rendre à l’évidence : cela fonctionne. Quand on y regarde de plus près, le talon est toutefois noir. Syndrôme d’Achille : on avait juste oublié de le tremper dans gel. « Inoffensif, hypoallergénique, non toxique, invisible, permettant à la peau de respirer et de transpirer normalement » dit la pub sur Internet, qui en rajoute des tonnes sans qu’on y comprenne grand chose. Pour les plus pointus du pied,  sachez aussi que le gel est conçu à base d'aloé vera. On a vu.

Michaël Hajdenberg
Le gant liquide de La Ric, 24 euros, disponible dans certaines pharmacies ou commandable au 06 11 89 00 30