Pirates des Caraïbes : A l'essorage !

— 

"Le secret du coffre maudit", deuxième volet de la saga des "Pirates des Caraïbes" avec toujours Johnny Depp dans le rôle du flamboyant capitaine Jack Sparrow, part mercredi à l'abordage des cinémas français après avoir conquis le box-office nord-américain.
"Le secret du coffre maudit", deuxième volet de la saga des "Pirates des Caraïbes" avec toujours Johnny Depp dans le rôle du flamboyant capitaine Jack Sparrow, part mercredi à l'abordage des cinémas français après avoir conquis le box-office nord-américain. — AFP

« Les Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit» sort l’artillerie lourde et les grosses ficelles. Dans le premier opus, auquel il était déjà aux commandes, le réalisateur Gore Verbinski avait réussi à ressusciter le genre, lui insufflant de la fraîcheur et de la spontanéité.
Le succès reposait aussi sur le personnage du capitaine Jack Sparrow (Johnny Depp), boucanier totalement exubérant et décalé. Entre nostalgie et parodie, « les Pirates des Caraïbes » naviguait sabre au clair en des eaux où c’était un plaisir d’avoir pied.
Mais leur retour excelle surtout dans la technique de la brasse coulée : noyer le spectateur sous un déluge de péripéties et d’effets spéciaux, ces derniers forts réussis, comme cet équipage fantôme moitié humain moitié poisson. Ce qui vaut quelques éclairs de poésie, à l’image de ce marin littéralement incrusté dans la paroi de son vaisseau. Le film manque toutefois d’imagination : au lieu d’explorer la personnalité de Jack Sparrow, il préfère filer de l’avant en jetant par-dessus bord la filiation tourmentée entre le noble Will Turner (Orlando Bloom toujours jeune premier) et son père déchu, ainsi qu’une histoire de trio amoureux dont l’aristo dévergondée Elizabeth Swann (Keira Knightley) serait au centre.

« Vers quel cap ? », demande à plusieurs reprises le second de Jack Sparrow. On se le demande. Et, le film de partir à l’aventure en suivant la boussole détraquée de Jack, si bien qu’on finit par s’appesantir dans son fauteuil en espérant la marée basse. Le prétexte à tant d’agitation ? Jack Sparrow doit retrouver le coffre maudit dont le contenu pourra briser le pacte qu’il a passé avec Davey Jones, le démoniaque maître des sept mers : son âme contre le commandement du navire Black Pearl. Dans cette course-poursuite, les héros sont ainsi régulièrement secoués dans tous les sens comme dans autant de manèges de parc d’attractions, jusqu’à cette fin en queue-de-poisson qui laisse présager d’un troisième épisode. « Les Pirates des Caraïbes » 2 et 3 ont en effet été tournés ensemble, rentabilité des stars et des décors oblige.
Reste le plaisir de retrouver Johnny Depp avec son mascara et ses dreadlocks, tantôt en brochette vivante tantôt en flingueur de corbeau, ainsi que tout le folklore pirate : gigantesque créature des abysses, rites vaudous, île au trésor, sauvages cannibales, dents gâtées et perroquet sur l’épaule. Dommage que, pendant 2h30, le film se contente de barboter furieusement au-dessus de la ligne de flottaison, évitant de justesse le sabordage.

Joël Métreau