Dédale d'humanité

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Le musée du quai Branly peut recevoir 1.600 personnes à la fois, dont 1.000 sur le plateau des collections, selon les normes de sécurité.
Le musée du quai Branly peut recevoir 1.600 personnes à la fois, dont 1.000 sur le plateau des collections, selon les normes de sécurité. — Fred Dufour AFP

Il est 10h15 ce mardi lorsque j’arrive devant le mur végétal du musée du Quai Branly. Esquivant les trois touristes armés de leurs appareils photos qui souhaitent immortaliser cette façade, détonante en ville, je longe la palissade de verre et m’approche de l’entrée, où je ne vois personne. Ce calme apparent est trompeur, dans la cour du musée m’attend une heure et quart de queue, au bas mot. Ça laisse le temps de contempler l’architecture hors normes conçue par Jean Nouvel, où plantes et matériaux cohabitent en harmonie. Le préau abritant les caisses est impressionnant avec ces teintes volcaniques et ses volumes imposants. Il est 11h, j’ai parcouru 200 mètres. C’est déjà ça. Le froid et l’allure de notre progression ont raison des visiteurs qui commencent à s’impatienter. D’autant que toutes les caisses ne sont pas ouvertes, ce qui agace au plus au point. « Comment se fait-il que deux caisses soient réservées aux personnes prioritaires et qu’en plus, on choisisse qui est prioritaire ? s’insurge une touriste américaine dans un français tout juste teinté d’accent. Vous voyez bien le monde qui attend ! »
Après avoir piétiné plus d’une heure, j’obtiens mon billet d’entrée, à 8,50 € (on est loin des tarifs pratiqués par CinéAqua !). Il est 11h33 et je m’avance enfin vers le musée. Passée la rampe d’accès, me voici dans l’antre réussissant l’exploit de réunir les civilisations des cinq continents. Dans une ambiance calme et feutrée, accentuée par la lumière artificielle tamisée qui ne laisse pas filtrer les rayons du soleil, je découvre le plateau des collections où s’entremêlent les passages d’un continent à l’autre. Il est d’ailleurs difficile de saisir le sens de la visite. Je me lance donc tout droit, au hasard, et me retrouve au niveau des Amériques. Entre les coiffes à plumes, les parures et les armes travaillées, je vais de découverte en découverte. Hélas, n’est pas expert en art qui veut. Pour bien apprécier la valeur d’un masque, d’une robe de fête malak ou d’un siège cérémoniel, mieux vaut s’équiper en audioguide ou opter pour la visite guidée. Devant un totem indien d’environ 3 mètre de haut, j’avoue que je suis un peu démunie… Je me faufile discrètement dans un groupe et apprend ainsi l’histoire de Pissou (pishu ?), représentée sur le totem, « jeune indienne enlevée par un grizzli l’ayant contrainte au mariage, selon la guide. Ses enfants mi-homme mi-animal, également représentés sur le totem, aideront ensuite le peuple indien à chasser les grizzlis. » Forcément, avec un décodeur, ça va beaucoup mieux.
Mais pour une véritable immersion dans ces différentes cultures, préférez les « boîtes à musique ». Bien loin de nos traditionnelles boîtes de nuit, ces salles proposent des projections de courts films de cérémonies chantées, issues des différentes cultures représentées dans le musée. Difficile de s’en arracher, ces sonorités étrangères ont un pouvoir hypnotique. Une mère et sa fille de deux ans écoutent religieusement ces chants venus d’ailleurs. C’est une des forces du musée : agrémenter le parcours d’instants musicaux, pour illustrer l’utilisation d’instruments anciens ou une cérémonie funéraire, créant ainsi une atmosphère dépaysante et magique. Le musée du Quai Branly réussit à nous plonger dans une intimité presque intimidante, mettant en lumière tout ce que l’homme a d’universel.
Des recoins proposent des documentaires en libre accès, mais ceux-ci se regardent au prix d’une immense patiente, leur durée variant de 15 à 40 minutes ! La profusion d’œuvres exposées (3500 objets) joue paradoxalement en défaveur du lieu : « Beaucoup trop de choses à voir », se lamentent certains visiteurs, conscients de passer à côté de plusieurs merveilles.
Quelques bâillements et beaucoup d’égarement plus tard, mon nouveau jeu consiste à retrouver la sortie. Je m’en tire avec 2h30 de visite. Deux Parisiennes d’une soixantaine d’années me confient être là depuis quatre heures. « C’est long, mais c’est sympa ! ». Effectivement.

Sandrine Cochard

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