Et le rock'n roll fut...

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D'un geste de dramaturge, le chanteur repousse le micro et le laisse se balancer sur son pied. Drapé dans sa bure monastique, frère Jean-Gabriel campe sur scène. Dans la jeune assistance, c'est le délire. Alors que leur premier album est en préparation, les Petits Bruns invitent à découvrir leur mélange détonnant de rock'n roll et de message divin ce dimanche, à 15 heures devant la basilique Saint-Sernin. Autour de son leader charismatique : Jean-Gabriel. C'est son « nom de religion, le seul qui ait de l'importance », souligne-t-il.

A l'église comme sur scène, le solide gaillard de 45 ans a définitivement remplacé « le petit anar parisien qui voulait être metteur en scène. Un fumeur de haschich... qui cherchait sa voie sans la trouver. » Le jeune homme, qui fréquente alors les milieux étudiants activistes, fait sa propre révolution. « Une révolution mystique », précise-t-il. Il s'attelle à la lecture des textes sacrés. « J'ai fait le premier pas : j'ai demandé à Dieu de se manifester. J'ai senti sa présence ». Prière entendue. A 22 ans, il rejoint une abbaye pour une expérience bénédictine, puis s'engage auprès des Carmes. Depuis, la preuve de l'amour de Dieu, il la trouve dans les crucifix qui émaillent le couvent de l'avenue Jean-Rieux. Son apostolat musical, lui, est né d'une autre rencontre. Celle de Jean-Baptiste, frère du Carmel et chef de coeur. Ils « jamment », mettent en musique des textes sacrés ou d'autres rédigés par Jean-Gabriel. Débutent ensuite les répétitions, dans une petite salle « qui sent le fennec » et achat du premier micro. Les Petits Bruns, en hommage aux biscuits secs, se forment alors. Aurélien, un ancien séminariste, les rejoint avec sa guitare. Puis Bruno, le protestant, avec sa batterie. Le dernier arrivé, Manu, apportera avec sa basse, la ligne mélodique. Voyages en minibus, tensions et engueulades avant les concerts, pack de bière ensuite... Ce groupe, influencé par tous les grands standards des seventies, interpelle. Quant à leur chanteur, est-ce un musicien habillé en moine ou un frère travesti en rock star ? Peu importe, car affublé de son bonnet et de ses sandales symbole d'humilité, le mélange fonctionne.

Clément Debeir