« on peut perdre 700 emplois »

recueilli par Béatrice colin

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Bruno Cavagné est à la tête d'une fédération de 484 sociétés régionales.
Bruno Cavagné est à la tête d'une fédération de 484 sociétés régionales. — f . scheiber / 20 minutes

Le secteur des travaux publics est en crise. C'était déjà le cas il y a trois ans. Rien n'a changé ?
Cela va de plus en plus mal. En 2009, il y avait peut-être trente entreprises qui avaient déposé le bilan au cours des trois dernières années, aujourd'hui nous en sommes à 67. Et on sait qu'en 2012 d'autres vont disparaître. En moyenne, les carnets de commande sont remplis pour cinq mois, parfois un mois.
A quoi peut-on imputer cette crise ?
Quand on regarde les investissements des collectivités locales, elle baisse de 10 % tous les ans. Quand vous savez qu'on dépend à 55 % d'elles et, plus largement à 74 % des commandes publiques, chaque fois qu'il y a moins d'investissement nous sommes touchés. Les élus nous disent « on sait c'est difficile » et ça s'arrête là. Or nous avons des emplois de proximité, non délocalisables. Nous leur demandons d'investir plus dans les infrastructures et le patrimoine. Il y a des choix politiques à faire. Ces dernières années, leurs frais de fonctionnement ont augmenté. Il y a certainement des marges de manœuvre à trouver de ce côté-là.
N'y a-t-il pas des projets qui pourraient aider le secteur ?
Il y a bien la RN 20, la RN 88… ce sont des projets de l'ordre de quelques millions d'euros. Mais ce ne sont pas ces grands ouvrages qui font vivre nos 500 entreprises régionales. Ce sont les travaux d'entretien et de réfection qui représentent 70 % de notre activité.
Que proposez-vous de faire ?
On sait par exemple qu'il y a 30 % de taux de fuite dans les canalisations. En 2012, nous allons lancer une grande enquête sur l'état du patrimoine. Mon souci, c'est de convaincre les élus qu'il faut faire quelque chose. Même s'il y a aujourd'hui un véritable problème de financement des collectivités locales. Et si cela se confirme, ce sera une catastrophe.
Combien avez-vous perdu d'emploi ces dernières années ?
On était 14 000 emplois, il y a trois ans, on est aujourd'hui un peu moins de 12 000. Au premier semestre 2011, l'intérim était reparti, avant de baisser à nouveau. 2012 sera encore une année compliquée, on peut perdre 700 emplois très facilement. Il suffit qu'il y ait deux ou trois boîtes un peu importantes qui ferment… mais comme ce ne sont pas des plans de licenciements massifs, ça fait rarement la une des journaux.