CPE: Deux mois de mobilisation à Toulouse

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Janvier

30 : un collectif d’opposants au CPE se constitue. Il réunit associations et syndicats et ambitionne de créer un rapport de force, qui rassemblerait lycéens, salariés et étudiants, pour contre le gouvernement. Des actions isolées sont menées.

31 : les étudiants de l’Unef organisent une opération escargot place du Capitole

Février

6 : manifestation, assemblée générale, tractage… la mobilisation des toulousains sur le contrat première embauche ne faiblit pas, malgré le désaccord entre syndicats de gauche et de droite. Les dissensions portent principalement sur la période d'essai de deux ans : pour l'Unef, cette mesure casse les acquis sociaux, alors que, selon l’UNI (droite universitaire), le CPE permet d'insérer les jeunes.

7 : près de 20 000 manifestants (15 000, selon la police) défilent dans une ambiance festive, à laquelle participent plusieurs générations : jeunes, étudiants et lycées sont à l’avant, syndicats et salariés à l’arrière.

12 : un étudiant anti-CPE, reconnu coupable d’avoir jeté de la peinture sur les policiers et de s’être débattu lors de son arrestation, écope de trois mois de prison avec sursis et de 80 heures de travail d’intérêt général.

14 : la contestation anti-CPE ne faiblit pas à Toulouse. Des étudiants de l'université Paul-Sabatier bloquent certains accès de la fac, à l'aide de parpaings et en condamnant des serrures. La présidence de l'établissement, agacée, parle « d'une trentaine d'agitateurs ».
Du côté de l'université du Mirail, le président Rémy Pech apporte son soutien à l'étudiant condamné vendredi 10 février, après une manifestation anti-CPE, déplorant « une condamnation disproportionnée avec les faits reprochés. »

21 : tout le personnel de la fac du Mirail se réunit en AG et vote la grève pour participer à la manifestation du 23 février.

Mars

2 : échauffourées entre 800 jeunes venus protester contre le CPE et une vingtaine de CRS qui leur bloquent l’accès de l’immeuble du Medef régional. Appelés sur place, les pompiers soignent un jeune, blessé dans l’affrontement. La manifestation, partie du Capitole, regroupait étudiants et personnels du Mirail et Paul-Sabatier.

9 : les facs de Paul-Sabatier et du Mirail poursuivent leurs actions. Les étudiants de la première ont pu suivre les cours dans des amphis décorés de ballons de baudruches, de branche et de feuilles, ou encore de papier d’aluminium. Une ambiance bon enfant afin de renouer le dialogue avec les étudiants, le personnel et les étudiants lassés d’un blocus pénalisant. A l’opposé, l’université du Mirail, bloquée depuis le 7 mars avec pyramides de chaises et grilles cadenassées, où la tenue des cours est toujours impossible. A l’issue d’une assemblée générale houleuse, la grève est reconduite jusqu’au 14.

10 : le président de l’université du Mirail, Rémy Pech, demande « la suspension du CPE et l’ouverture immédiate de négociations ».

13 : les deux universités sont toujours bloquées. A l’université du Mirail, une trentaine d’étudiants ont dormi sur place durant le week-end (11 et 12 mars). Des professeurs, contactés pour animer des cours-débats sur l’emploi, la précarité et les violences policières, rejoignent les étudiants en votant la grève jusqu’au16 mars. A Paul-Sabatier, la journée est également consacrée aux débats. Le lendemain, mardi 14, la journée est placée sous le signe du blocage dans les deux facs.

14 : près de 300 étudiants en Staps et des lycéens de Toulouse-Lautrec, Bellevue ou Jolimont, perturbent la circulation à Toulouse en installant des barrages mobiles au niveau du Capitol, à Esquirol et à Saint-Michel. En fin de matinée, la nouvelle cible des manifestant est la gare Matabiau, où le trafic, peu perturbé, compte vingt minutes de retard. Les étudiants du Mirail reconduisent le blocus de l’université tanqis que Paul-Sabatier vote une grève illimitée. Jean-François Sautereau, président de l’UPS (Paul-Sabatier), décide de suspendre les examens. La fac du droit, jusqu’ici peu touchée, est elle aussi bloquée par une quarantaine d’étudiants de l’Unef, venus passer la nuit sur place. L’Arsenal rejoint également les manifestants en votant à 70% la grève et le blocage de la faculté.

16 : nouvelle manifestation marquée par les divergences. Plusieurs jeunes, opposés au blocage des facs, manifeste contre la décision du président de l’UPS, tandis que des affrontements ont lieu à l’Université des sciences Sociales de Toulouse (UT1), « Arsenal », entre des étudiants grévistes qui avaient occupés les locaux durant la nuit et des groupes d’étudiants venus les déloger au nom de la « liberté d’étudier ». Les échauffourées provoquent des dégâts matériels, notamment sur les chaises et les fenêtres. L'administration décide aussitôt de fermer l'université jusqu’au lundi 20 mars. L’assemblée générale réunit près de 1 500 étudiants dans une ambiance houleuse : anti et pro blocage de la fac s’invectivent, Anna Mélin, présidente du syndicat Unef, renvoit au 20 mars lundi la décision de bloquer ou non l'université.

18 : la manifestation toulousaine contre le contrat première embauche rassemble plusieurs dizaines de milliers de manifestants, 21.000 selon la police et 40 à 50.000 selon les organisateurs. Le cortège se disperse peu après 14H sans incident.

21 : les étudiants anti-CPE maintiennent la pression : 6 000 manifestants d'après les organisateurs, 4 200 selon la police, tentent – en vain – une action « surprise » au Monument aux Morts. Les lycéens sont plus nombreux que d'habitude : selon le rectorat, « au moins cinq lycées de Toulouse », connaissent des barrages filtrants dont Bellevue, les Arènes, Gallieni et Raymond-Naves, et l'absentéisme en classe varie de 30 et 80 %.
La veille, l'université Paul-Sabatier et celle du Mirail sont restées bloquées, ou presque. Des étudiants en sciences, rejoints par des lycéens, ont même barré la route de Narbonne en fin d'après-midi. A l'Arsenal, l'heure était au débat : une AG réunissant 2 000 étudiants a voté à main levée la poursuite de la grève avant d'aborder l'épineuse question du blocage, « efficace » pour les uns, « illégitime » pour les autres. Le sujet a fait l'objet d'un débat animé, avec de nombreuses interventions des très courtisés « Anti-CPE mais anti-blocus ». Ce sont les urnes qui ont tranché : 1 358 voix pour et 1 328 voix contre le blocus. Un écart trop mince pour apaiser les esprits. Le président de l'Arsenal a donc décidé de fermer la fac aujourd'hui. A l'Insa, le résultat a été inverse : 30 voix d'avance contre le blocage. Enfin, les élèves de l'IEP ont voté la grève d'un cheveu.

22 : l’Arsenal vote contre le blocage de la fac, avec 68,05 % des voix lors du référendum mis sur pied par le président de l'université de sciences sociales. Seulement 37,15 % des étudiants participent au scrutin, soit 5 660 des 15 235 inscrits. L'Arsenal doit reprendre son «fonctionnement normal à partir de vendredi [le 24] » a déclaré Henry Roussillon.

23 : 10 000 personnes d'après la police, 16 000 selon les organisateurs ont encore battu le pavé contre le CPE. On attendait les étudiants, les gaziers et les électriciens. Il y avait aussi des lycéens, des profs, les personnels des universités et des intermittents. Les 1000 à 2000 agents d'EDF et GDF ont rejoint la queue du cortège et se sont mis au diapason : "En fait, on se bat pour la même chose. Nous pour des emplois solides de service public et eux contre la précarité".
Par ailleurs, huit urnes ont été volées lors des élections des représentants étudiants au Crous. 29 bureaux de vote étaient ouverts pour ce scrutin dont l'Unef avait demandé le boycott.

28 : « CPE, comme Cortège Plus qu’Enorme. » Quelque 80.000 manifestants ont défilé hier dans les rues de Toulouse selon les syndicats. La police s’en tient à 36.000. Elle en avait compté 21 000 le 18 mars. En s’engouffrant dans le sillage des étudiants, les Toulousains ont fait du CPE une affaire de famille :
«On démolit ce pour quoi mes parents se sont battus, mes enfants sont au chômage et mes petits-enfants paumés», résumait Michel, un retraité. Le petit Polo, armé de son goûter et bardé d’autocollants, en était lui à sa première manif. « Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il a tout compris mais il sait que nous sommes là pour lui et pour son avenir », soulignait sa mère, enseignante, tandis que Mouss et Hakim, ex-Zebda, entonnaient sur leur camion musical l’impérissable « Motivé-e-s ». Une ambiance bon enfant ternie par des incidents. Une quinzaine d’« anarchistes » ont tenté de dévier le cortège vers le Capitole. Et, après la dispersion, la place a été le théâtre de petits affrontements.

Avril

2 : Au-delà de la manifestation unitaire du 4 avril, les étudiants, lycéens et syndicats toulousains prévoient cette semaine toute une série d'actions anti-CPE. « En lien avec l'assemblée générale interprofessionnelle, nous allons effectuer tout au long de la semaine des blocages et tractages en direction des grosses boîtes. Un représentant des étudiants sera présent dans les AG des entreprises », note Pablo Seban, de la coordination de l'université Paul-Sabatier.
Les étudiants annoncent aussi leur soutien aux lycéens, dont ceux de Bellevue. Vendredi, après des incidents, le proviseur a décidé de fermer le lycée jusqu'à ce matin. A l'université du Mirail, où le personnel a reconduit son mouvement de grève jusqu'au 3 avril, les étudiants diversifient les actions pour faire de la fac « un lieu de débat ». Ils projettent ainsi à 14 h un documentaire sur « les luttes de 1965 à 2006 ». Côté politique, Kader Arif, le patron du PS de Haute-Garonne, donne rendez-vous dans la journée à ses homologues des autres partis de gauche. 

4 : Un seul mot d'ordre, hier, pour les 33000 à 65000 manifestants : «Pas de négociations avant le retrait du CPE.» « Les organisations syndicales discuteront quand le CPE sera abrogé», insiste GisèleVidallet, secrétaire générale de la CGT 31, syndicat le plus représenté dans le cortège. Même son de cloche du côté des jeunes. Ouvrant le cortège à grand renfort de slogans, étudiants et lycéens ne « lâcheront pas prise». 

5 : "Il faut bloquer les activités économiques". Telle est la nouvelle stratégie des anti-CPE. Trois cents étudiants, lycéens et salariés la mettent en application dès aujourd’hui en paralysant les centres de tri postaux de Lalande et de Lardenne. «On a empêché le courrier de sortir de 5h30 à 9 h. Ce qui veut dire aussi celui des entreprises, du rectorat ou de la mairie », raconte Nicolas, étudiant en sciences. Dans la même veine, d’autres se rendent à la direction régionale de France Télécom, à Blagnac, pour discuter avec les salariés. « Les étudiants, seuls, ne peuvent pas gagner. Les syndicats doivent appeler à la grève reconductible", estime Pablo, membre du comité de lutte de l’université Paul-Sabatier.
A midi, certains de ceux qui participent aux AG sont inquiets au sujet des examens. Rémi,membre du conseil étudiant de Paul-Sabatier, se veut pourtant rassurant :«Un conseil exceptionnel va se réunir pour faire le point sur la question des partiels. » Pour Jean-Pierre Fourquet, enseignant, « il ne faut pas se désolidariser si près de la fin du match ».

6 : Arrestations, blessés, le ton se durcit entre les anti-CPE et les forces de l'ordre. Comme annoncé, les comités de lutte toulousains jouent au chat et à la souris avec les policiers et multiplient les actions sur les « cibles » économiques. Après les barrages aux entrées des usines d'Airbus, les étudiants et lycéens engagent la bataille du rail. Vers 15 h, trois groupes, issus des trois universités, paralysent les voies dans les trois gares : Saint-Cyprien, Saint-Agne et Matabiau. « Ça fait deux mois qu'on est en mouvement, on a tout essayé, alors, là, c'est la vitesse supérieure », explique David, étudiant au Mirail.