Enquête du fond des âges

Béatrice colin

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Francis Duranthon a retrouvé 53 mandibules dans une cave du Muséum.
Francis Duranthon a retrouvé 53 mandibules dans une cave du Muséum. — F. Scheiber / 20 minutes

Il aura fallu un déménagement et quelques dents pour faire la lumière sur les origines des Aveyronnais de la Préhistoire. Une équipe de chercheurs toulousains vient de confirmer par des techniques dignes des Experts de la série que des habitants installés au IVe millénaire avant notre ère sur les contreforts des Grands Causses étaient originaires du Proche-Orient, certainement d'Anatolie. L'équipe du laboratoire d'Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse a mis quatre ans pour réaliser cette première mondiale et faire parler l'ADN de ces « spécimens anciens » : des ossements retrouvés dans les années trente dans la grotte des Treilles.

Des os retrouvés par hasard
Grâce à l'ADN extrait de 53 dents de ces agriculteurs du Néolithique, les chercheurs ont pu démontrer « l'importance des mouvements de populations pendant le néolithique le long des côtes méditerranéennes. Jusqu'à présent, nous avions des éléments laissant entendre qu'il y avait eu migration à cette époque-là, des céramiques par exemple. Mais ici, nous le savons par la génétique, avec des génomes de plus de cinq mille ans », explique Francis Duranthon, chercheur mais aussi conservateur en chef et directeur du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse. Et c'est grâce à sa double casquette que cette découverte a pu voir le jour. Il y a onze ans, alors que le Muséum prépare sa mue, tous les recoins du bâtiment sont vidés. Au fond d'une cave, Francis Duranthon tombe sur un os… ou plutôt des os, en vérité un trésor oublié depuis plus d'un demi-siècle. « Il y avait de vieilles planches derrière un monticule de collections. On a procédé à une fouille scientifique pour regrouper les ossements par lots. Nous nous sommes alors demandés d'où pouvaient-ils provenir jusqu'au moment où nous avons retrouvé une carte de visite de l'archéologue Louis Balsan avec inscrit dessus les Treilles », raconte le paléontologue. L'enquête venait de commencer.

clan

La grotte sépulcrale des Treilles contenait au minimum 149 « sujets », dont 53 mandibules sur lesquelles ont été prélevées les dents. 24 dents ont donné des résultats : 22 étaient issues de sujets masculins et avaient des liens de parenté proche, type père et fils ou frères. Il s'agissait certainement d'un clan.