L'auteur noir suit la ligne verte

©2006 20 minutes

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Ce sont les « choses de la vie » qui ont amené le Dunkerquois Pascal Dessaint à Toulouse, il y a vingt et un ans. Celles-là même qui, dans ses livres, dérapent toujours. En témoigne Les Hommes sont courageux*, un recueil de nouvelles écrites au cours de ces dix dernières années. Où, fatalement, le dernier trajet d'un conducteur de bus de la Semvat avant la retraite ne peut pas bêtement conduire au dépôt ; et où une rencontre dans un train débouche, forcément, sur un cadavre.

« Mes livres effraient ma mère mais ils la rendent fière », dit l'auteur dans un sourire. On le serait à moins dans cette famille « ouvrière » qui a vu le petit dernier partir à Paris avec les photocopies de son premier roman sous le bras. Il a mis dix ans à se faire publier. A trouver ses indispensables « parrains », comme Jean-Paul Dubois ou Daniel Pennac. « Ces dix années de tâtonnements m'ont permis de trouver mon style », dit-il. Et de piocher dans ses galères l'indispensable matière vivante de ses romans noirs. Il a été veilleur de nuit mais n'aime pas qu'on parle de « petits boulots », parce qu'« il y a des gens qui font ça toute leur vie ». A 42 ans, le romancier est aujourd'hui installé. Ses lecteurs lui sont fidèles. Et lui est fidèle à Toulouse. La ville du policier Félix Dutrey, son antihéros, celle du rugby qui lui a inspiré Du bruit sous le silence, grand prix de la littérature policière en 1999.

Pascal Dessaint écrit la nuit dans son bureau tapissé de livres. Il y fume cigarette roulée sur cigarette près de la vieille Underwood offerte par son ancien propriétaire. « Je suis un solitaire », explique-t-il. Un « solitaire » pressé de voir se terminer le petit bureau qu'il retape au fond du jardin, et où « le téléphone ne pourra pas sonner ». L'endroit est idéal pour poursuivre son « cycle vert ». Car l'enfant de Dunkerque a découvert la montagne en 1991. Depuis, il se réfugie régulièrement, « en marcheur contemplatif » sur les hauteurs du Couseran. Il met aussi du vert dans ses romans noirs, et des grenouilles philippines dans ses intrigues. « Il n'y a que dans les polars qu'on sent un intérêt pour le monde en ces temps de littérature nombriliste », tranche-t-il.

Hélène Ménal

* 5 euros chez Rivages/Noirs. Rencontre ce soir, à 18h, à la librairie Ombres blanches, 50, rue Gambetta, à Toulouse.

François Guérif, son éditeur « C'est un auteur humble avec un univers et un style bien particuliers. Il est à la fois très précis sur les maux de la société et très tendre avec les gens qui y sont confrontés. » Franciam Charlot, un ami artiste « C'est un écorché vif. Sa sincérité peut lui attirer des ennemis, surtout quand il s'agit de défendre une idée ou quelqu'un. » Christian Thorel, patron d'Ombres blanches « Un mélange de vocation et de volontarisme. Je l'ai connu il y a vingt ans en tant que lecteur. En homme du Nord, il venait chercher le contact à la librairie. Il s'intéressait surtout à Selby et Bukowski. »