Les détenus sont des chômeurs comme les autres

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Saïd Amarouche est un conseiller Pôle emploi un peu particulier. Il passe son temps en prison. « Pour préparer la sortie et donc, d'une certaine façon, prévenir la récidive », dit-il. Son guichet est en fait un bureau d'audience. Ses « clients » — plus de 500 par an — sont des détenus repérés par le Service pénitentiaire d'insertion et de probation. Suivant les profils et les vécus, le conseiller intervient parfois deux ans avant la date de sortie, parfois quelques mois seulement. S'il détecte des « freins à l'emploi », comme l'illettrisme par exemple, il préconise des formations. S'il estime que le détenu est opérationnel, il prend son bâton de pèlerin et s'en va convaincre des employeurs. Avec des arguments qui fonctionnent. « Ce n'est pas parce qu'on a fait de la prison pour un délit routier qu'on est une méchante personne, explique Saïd Amarouche. Et puis les détenus commencent souvent par une liberté conditionnelle, ce qui pour l'employeur est une garantie qu'il sera sérieux ». Les exonérations de charges sur le Contrat initiative emploi (CIE) font aussi en général leur petit effet. Quand des détenus trouvent un travail, c'est le plus souvent dans la logistique, le bâtiment ou le nettoyage. Le conseiller Pôle emploi suit tous ses demandeurs durant plusieurs mois après l'embauche. Il est particulièrement « fier de ceux qui surmontent des addictions ou des probèmes de santé pour se réinsérer ».

Convention

L'administration pénitentiaire et la direction régionale de Pole Emploi viennent de signer une nouvelle convention de collaboration d'une durée de deux ans. Il y a neuf conseillers de justice Pole Emploi qui interviennent dans les établissements carcéraux de la région. Saïd Amarouche travaille à plein-temps et couvre toute la Haute-Garonne.