Des clics et des claques

Éric Dourel

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f. Scheiber / 20 MINUTES

Rien de tel qu'un air bonhomme pour dissimuler un être vindicatif. Othman Bensasi, 56 ans, réfugié politique libyen, le sait bien. Installé à Toulouse depuis trente ans, ce Berbère, opposant au régime de Kadhafi, n'a jamais caché son désir de démocratie et de liberté d'expression pour son pays d'origine. Depuis maintenant un mois, il se démène pour soutenir les révolutionnaires. Patron d'une entreprise de bâtiment, il a même suspendu son activité pour faire des allers-retours à Paris. Il vit désormais au rythme des informations en provenance du pays, de « la révolution Facebook ».

L'exil ou la mort
Le téléphone, toujours à portée de main, ne cesse de sonner. Souvent, cette semaine, pour de mauvaises nouvelles, comme celle qui lui annonce que « Zwara vient de tomber ». Cette cité Berbère est sa ville natale, là où sa mère et ses onze frères et sœurs survivent toujours. C'est là aussi qu'à 14 ans, il a vécu le coup d'Etat de Kadhafi. « Il parlait de redistribuer l'argent ». Un an plus tard, en 1970, le guide de la révolution montre son vrai visage, en organisant un grand raout avec tous les intellectuels du pays. « Il a noté des noms : en bleu, ceux qui iraient en prison, en rouge, ceux qui seraient assassinés », raconte Othman. Les livres et instruments de musique sont brûlés en place publique, les assassinats s'enchaînent, la langue berbère est interdite. « On s'est organisé en groupe, on a fait des journaux, placardé des affiches ». Tentative d'assassinat, arrestations, ils sont repérés. Seule solution, l'exil. Paris pour demander l'asile politique puis Toulouse. « Quand tu arrives dans cette ville, tu n'arrives plus à en partir », confie le militant, même si son cœur est resté en Libye.
Entouré de ses propres peintures qui ornent les murs de son appartement, Othman parle d'art, d'écriture. Des activités qui lui ont permis de se connecter avec des militants berbères du Maroc, d'Algérie. « Je croyais qu'en oeuvrant de l'étranger, ça irait. En fait non, j'étais obligé de retourner à la source ». Ce qu'il fera en 2006. « Kadhafi venait de rouvrir les frontières aux opposants, je n'étais pas rassuré ». Aujourd'hui, il l'est encore moins. Surtout depuis que les révolutionnaires perdent la main. Othman vient donc de créer un collectif des Libyens d'Europe et un site Internet d'information*. Il a occupé l'ambassade de Libye à Paris, s'est entretenu avec les membres du gouvernement provisoire. Il est branché 24 heures sur 24. « Si l'Occident tourne la page, ce sera un massacre ».