Programmé pour peindre

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Une toile monumentale de 115 m2 divisée en sept panneaux intitulée Spectacles. Voilà ce qui accroche désormais le regard des spectateurs dans le hall du Zénith. L’auteur, Charles Giulioli, expose aussi en janvier ses toiles un peu particulières à la galerie Amacla. Pour réaliser ses estampes numériques, ce peintre de 52 ans a inventé une machine à peindre : l’Œuvre sans fin. Un programme informatique qui reproduit sa façon de peindre et crée des images au hasard à partir de centaines d’autres qu’il a peintes et scannées. On peut arrêter le programme à tout moment pour fixer une image, mais le but est aussi de « le voir en évolution, comme un tableau qui se complète sans arrêt », explique-t-il. Ce Toulousain d’adoption est un perfectionniste. Après avoir appris les rudiments de la programmation auprès d’un ami informaticien, il n’a laissé à personne le soin de créer son programme, malgré la difficulté et la longueur du projet. Ce besoin de comprendre et d’expérimenter est sans doute le résultat de sa première carrière. Car avant d’être peintre, Giulioli était ingénieur. Et il a toujours détesté suivre les chemins tout tracés. Jeune centralien, il quitte le laboratoire de biophysique du CNRS où il exerce depuis deux ans, pour les Etats-Unis, où il se lance dans la peinture. Dans cette démarche, il ne voit rien d’anormal et confie, rêveur, « se sentir à l’aise dans ce monde ». La vraie rupture intervient selon lui à son retour en France, dix ans plus tard. Son style change brusquement. « J’ai évolué, je me suis marié, je voulais quelque chose de plus vivant », constate-il. Fini les perspectives et les architectures imaginaires des débuts, place à la vie et aux personnages, qu’il insère désormais dans une peinture plus abstraite, mais toujours géométrique. Les commandes suivent, au gré des multiples périodes de l’artiste, comme le plafond du théâtre de Montauban en 1996. Son style se stabilise alors et ses réflexions sur l’inspiration et son côté aléatoire le conduisent à créer l’Œuvre sans fin en 2003. Depuis, il a un nouveau défi quand il peint : « ne pas faire une chose que l’ordinateur aurait pu créer seul ». Marie Desseilligny Photos : Jean-Jacques Ader Galerie Amacla, 2, rue des Paradoux, Toulouse. www.amacla.com

Bernard Ryon, président de la société des artistes méridionaux « C’est un vrai coloriste, qui connaît les harmonies, ce qui est rare. Son parcours est innovant. C’est un chercheur, un fureteur. » Claudie Beyssen, directrice de la galerie Amacla « Il est parti d’une démarche mathématique pour aller vers l’art. Sa réflexion sur l’imprévu, l’aléatoire m’intéresse. J’aime le côté flamboyant de son travail. » Alain Dubout, directeur du Zénith « Nous avions aimé ses travaux précédents sur des oeuvres monumentales. Sa fresque habille vraiment bien le grand hall. »