Les Pyrénées en plein bourbier afghan

lysiane beaumel

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De gauche à droite et de haut en bas : le poste de commandement qui supervise la manœuvre à 30 minutes du théâtre des opérations ; les patrouilles de surveillance dans les rues de ce pseudo-village afghan ; la shura, une réunion entre civils et militaires ; les troupes apportent les premiers secours aux faux blessés d'un attentat sanglant.
De gauche à droite et de haut en bas : le poste de commandement qui supervise la manœuvre à 30 minutes du théâtre des opérations ; les patrouilles de surveillance dans les rues de ce pseudo-village afghan ; la shura, une réunion entre civils et militaires ; les troupes apportent les premiers secours aux faux blessés d'un attentat sanglant. — f . scheiber / 20 minutes

Une falaise déchiquetée surplombe les vestiges du château de Roquefixade. A mi-chemin entre Foix et Lavelanet, cette ancienne citadelle cathare offre un panorama à 360 degrés sur les Pyrénées ariégeoises. C'est au pied de ce nid d'aigle que le 1er Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) de Pamiers a procédé mercredi à un entraînement grandeur nature. Le but ? Vérifier le niveau opérationnel des troupes avant leur départ pour l'Afghanistan au printemps prochain.

Des similitudes topographiques
« Ce site très vallonné est assez semblable à la Kapisa, au nord-est de Kaboul, où nous serons amenés à patrouiller jour et nuit et à sécuriser un des accès à la capitale », explique le lieutenant Onésime Volkoff, chargé de communication. Des similitudes topographiques idéales pour l'exercice mais une différence de taille : ce mercredi, les ruelles de Roquefixade sont blanchies par la neige et les militaires exécutent leur mission dans un froid polaire. Alors que l'été prochain, ils opéreront sous des températures avoisinant les 40 °C.
Pour donner à l'exercice encore plus de réalisme, des militaires jouent le rôle de civils afghans ou celui d'insurgés. Grimés et déguisés, ils sont fouillés par les soldats qui assurent la sécurité d'une shura, une réunion entre civils et militaires. Elle a pour cadre le hall de la mairie de Roquefixade. Assis en tailleur sur des tapis, faux civils et vrais militaires échangent en anglais devant un verre de thé. A l'extérieur, « tout est patrouillé et sécurisé dans un rayon de 2 ou 3 km », assure le lieutenant Volkoff. Soudain, un bruit assourdissant. Un mirage 2 000 vient de survoler ce paisible village de 150 habitants. Quelques minutes plus tard, une explosion retentit. Non loin de la place centrale et de sa fontaine, un simulacre d'attentat a fait plusieurs blessés. Allongés sur le sol, couverts de peinture rouge et de fausses blessures sanguinolentes, des soldats miment la douleur. « Cet incident programmé permet d'étudier la réaction des autres. Après s'être assurés qu'il n'y a plus de danger, ils vont porter secours aux blessés. Tous ont été formés au secourisme de combat : ils savent poser un garrot, administrer de la morphine et nettoyer les plaies », souligne le chargé de communication.

«Traiter le terrorisme à la source»
A quelques mètres de là, un villageois filme la scène avec un caméscope : « Cela ressemble à la réalité, estime ce sexagénaire. Mais personnellement, je pense qu'on n'a rien à faire en Afghanistan. La situation continue de se dégrader, qu'on y soit ou pas. » Ce n'est pas l'avis du sergent Johann Cuvelier, 25 ans, qui attend avec impatience de repartir en mission. « A cause du risque et du danger qu'elle représente, confie-t-il. Dans mon entourage, beaucoup ne comprennent pas pourquoi on va là-bas. Je leur dis que c'est pour les intérêts de la France et pour traiter le terrorisme à la source. Je pense que ça peut réussir ».
Pendant ce temps, l'exercice se poursuit sous le contrôle du poste de commandement déployé à 30 minutes de route, dans un hangar de l'aérodrome des Pujols. Chargé d'orienter les manœuvres et de rendre compte aux autorités, ce PC aérolargable est une des spécificités du 1er RCP. De juin à novembre 2011, il épaulera en Kapisa les 800 soldats du Groupement tactique interarmes Raptor, dont feront partie les 550 parachutistes de Pamiers. Et ce sera pour de vrai.