Des experts mais pas de preuves scientifiques

Hélène Ménal

— 

Les experts ont répondu en public aux questions de dix-sept élus municipaux.
Les experts ont répondu en public aux questions de dix-sept élus municipaux. — F. Scheiber / 20 minutes

Devant les caméras, l'Etat s'enthousiasme et les universitaires renâclent. Quant aux élus, ils comptent les points mais aussi les sous. Le « grand oral » organisé hier par la mairie de Toulouse pour éclairer le débat sur la vidéosurveillance était inédit. Mais les témoignages des experts conviés se sont avérés prévisibles. Jean-Louis Blanchou, conseiller du Premier ministre est persuadé de la nécessité d'accroître le nombre de caméras. Il affirme que dans certaines villes de France, les dispositifs ont permis de faire diminuer la délinquance de 17 à 36 %. « C'est un mythe ! », rétorque le sociologue Laurent Mucchielli. Pour lui, il n'existe aucune étude scientifique approfondie sur l'impact de la vidéosurveillance.

Des résultats chèrement acquis
« Ce système présenté comme pouvant compenser une diminution d'effectifs policiers ne peut en réalité bien fonctionner qu'avec davantage d'agents », souligne le chercheur du CNRS. Il a étudié le cas de Saint-Etienne où, selon lui, les caméras n'ont fait diminuer les crimes et délits que de 1 à 2 % et mobilisent 28 opérateurs dans le centre de vidéosurveillance. Transposé à la démographie toulousaine, un système similaire demanderait « plus de 150 » opérateurs. « C'est une dépense fort peu efficace des deniers publics », ajoute Laurent Mucchielli qui reconnaît toutefois un pouvoir dissuasif aux caméras « dans les petits espaces bien délimités ». Il est rejoint sur ce point par le criminologue italien Gian Guido Nobili. Mais ce dernier considère aussi « que la vidéosurveillance est un système très cher qui ne doit être utilisé que de façon marginale ». Derrière les théories universitaires, il y a aussi des faits. Jean-Louis David, maire adjoint de Bordeaux, se montre très réservé sur la généralisation de la « vidéoprotection ». Mais il a quand même expliqué que deux jeunes, filmés dans une rixe sur les quais la veille, ont été interpellés hier matin. « Il y a eu du pour et du contre. Mais plutôt du pour, estime Monique Thomas, une habitante du Pont-des-Demoiselles invitée au débat et venue sans idée préconçue. « On est déjà filmé dans les parkings et les magasins et si l'on n'a rien à se reprocher, il n'y a pas de raison de s'inquiéter», dit-elle. Aux élus toulousains maintenant de « dérusher » ce grand oral avant de se décider à la rentrée.

chiffres

D'après le décompte de la mairie, les 24 caméras toulousaines ont provoqué 952 demandes d'intervention en 2009. Parmi elles, 275 concernaient des troubles à l'ordre public, 41 des vols et 110 des assistances à personnes.