Alexandre Zacharia-Ricard Barman, héritier du château de la Reynerie

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A le croiser comme cela dans la rue, il est impossible d'imaginer où il habite

Avec ses pantalons extra-larges et son air d'éternel adolescent, Alexandre Zacharia-Ricard, 33 ans, est loin de l'imagerie traditionnelle du châtelain

Et pourtant

Il habite certes au Mirail, mais pas n'importe où : au château de la Reynerie

Cette grande maison construite en 1780 par le comte Guillaume du Barry, dont l'épouse était la maîtresse de Louis XV, est la propriété de sa famille depuis cent huit ans

« Cette maison fait partie intégrante de moi, j'en connais chaque coin et recoin par coeur, ce sont mes origines », explique Alexandre avec son débit précipité

Et il faut l'aimer cette maison, pour accepter d'y vivre

« La vie de château, ce n'est pas forcément ce qu'on croit », renchérit-il

Presque pas de chauffage (« Comment chauffer des pièces avec huit mètres sous plafond ? »), de nombreuses fuites dues à l'explosion d'AZF et un confort spartiate

Il y a bien quelques fauteuils du xviiie dans la grande pièce centrale, mais il préfère habiter l'une des ailes

Là, ce grand enfant peut disposer à loisir dans un joyeux désordre les toiles qu'il peint, son impressionnante collection de figurines de superhéros de la bande dessinée américaine, et ses valises, qui traînent partout

« Je suis un pigeon voyageur », se justifie-t-il

Après avoir vécu onze ans aux Etats-Unis, où il a étudié les Beaux-Arts – la peinture et la photographie sont ses deux passions –, il revient en France en 2002 et s'installe au château

Ce dernier est alors inhabité depuis la mort de son grand-père en 1998

Dès son retour, Alexandre décide d'ouvrir les portes au public pour les Journées du patrimoine

Visiteurs et voisins affluent, surpris de constater que ce qu'ils prenaient pour un musée est en fait une maison privée

Et séduits par les anecdotes croustillantes et le bagou du maître de maison

Châtelain mais pas oisif pour autant, ce garçon plein de ressources est aujourd'hui barman dans un pub, après avoir travaillé dans le télémarketing et comme vendeur de fruits et légumes

Hier vendeur, aujourd'hui châtelain

Et demain ? Texte : Marie Desseilligny Photos : Jean-Jacques Ader

Charlotte Green, son patron au London Pub aux Carmes « Le fait qu'il habite dans un château correspond bien à son côté excentrique, mais c'est quelqu'un de humble, il va plutôt en rire que s'en vanter. Cela doit être drôle pour lui d'être dans ce lieu un peu ancien, tout seul dans ses quatorze pièces. Il est très agréable, c'est pour ça que je l'ai embauché. Il correspondait parfaitement à l'esprit du pub, il remplit l'espace. » Bernard, primeur, son ancien patron « C'est quelqu'un qui aime plaisanter, il est agréable et très à l'écoute. Il prend la vie du bon côté. Il n'est pas comme les châtelains à l'ancienne. »