Un vétéran pas prêt à désarmer

Éric DourelPhotos : Alexandre Gélebart

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Gérard Dellac conserve de son passé de vétéran des souvenirs, des médailles... et un cancer. Son histoire est racontée dans une BD.
Gérard Dellac conserve de son passé de vétéran des souvenirs, des médailles... et un cancer. Son histoire est racontée dans une BD. — Photos A. gelebart / 20 minutes

Discret, voire timide, Gérard, 72 ans, n'aime pas la lumière. Sa peau non plus. Et pour cause. Ce plombier retraité, Toulousain d'adoption aujourd'hui installé à Montcabrier, dans le Tarn, est rongé par un cancer. Il était aux avants postes pour Gerboise Bleue, le premier essai nucléaire atomique français, d'une puissance trois fois supérieure à Hiroshima. C'était le 13 février 1960, dans le Sahara Algérien. Un succès pour la France, une tragédie pour Gérard et 4 000 autres soldats qui attendent tous avec angoisse la publication imminente du décret d'application de la loi d'indemnisation des essais nucléaires français. Une BD documentaire * vient de retracer l'histoire de ces soldats de l'atome. La première planche est consacrée à Gérard, un appelé de 22 ans, qui ce matin-là est stationné à 20 km du lieu de l'explosion.

Irradié pour un drapeau
« On était recroquevillé, dos à la bombe. Nous avions une paire de lunettes de protection pour 40 bonshommes. La plupart d'entre nous avions une main devant les yeux pour se protéger du flash. » Quelques jours plus tard, un officier lui ordonne de le conduire en jeep au point 0, à l'endroit même de l'explosion. « Le sable était noir, vitrifié, comme brûlé. » Pourquoi là ? « Parce que cet officier qui n'avait pas pu planter le drapeau tricolore en Indochine voulait le hisser là, pour marquer la grandeur de la France. » De retour au camp, il va passer 24 heures en décontamination, des poussières radioactives sont incrustées dans ses cheveux. Il va les perdre par plaques quelques mois plus tard, bien après la fin de son service. « Je n'ai pas fait le rapprochement. »

La faute au coup de soleil
En 1991, un médecin lui diagnostique un cancer de la peau sur le visage. Ce n'est qu'en 1995 que Gérard fait le lien entre sa maladie et Gerboise Bleue. Il attaque l'armée pour demander une pension militaire. « La radioactivité est une circonstance aggravante au même titre que le soleil », rétorque la Défense. Gérard va lui intenter quatre procès. Sans succès : sa maladie est « non imputable au service ». En 2001, avec d'autres victimes, il fonde l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) et repart au combat « pour qu'on reconnaisse notre statut de vétéran irradié ». À ce jour, 500 dossiers de demandes d'indemnisation ont été déposés, dont à nouveau celui de Gérard. Malgré 14 opérations et un traitement lourd qui, tous les trois mois, l'oblige à brûler à l'azote les peaux mortes, Gérard ne désarme pas. « J'irai jusqu'au bout. »