Un poids plume qui pèsera lourd

Texte : Hugo Clément Photos : Adrien Duquesnel

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La salle est en ébullition. Sur le ring, des gamins courent dans tous les sens. Un entraîneur réprimande, réconforte. Au milieu de l'agitation, deux boules de cuir, sur deux pieds de guerre, frappent le sac inlassablement. La boxe, Nougaro l'a chantée, lui a décidé de l'embrasser.

Du haut de ses quinze ans, Sofiane Oumiha, un petit gars de La Reynerie, s'apprête à disputer samedi son 44e combat* dans la Ville rose. Un nombre déjà impressionnant en soi pour un boxeur aussi jeune. Mais quand on sait qu'avec ses 52 kg, il n'a jamais perdu une seule confrontation, son CV prend encore plus de poids. Et même une ligne de prestige, avec sa récente présélection en équipe de France.

Pourtant, il y a six ans, lorsqu'il accompagne pour la première fois son grand cousin au Boxing-club de Bagatelle, il n'ose même pas passer derrière les cordes. « J'avais honte, je me sentais nul », lâche-t-il, gêné. Mais très vite, il enfile les gants, et envoie ses réticences au tapis. Le garçon hésitant et timide dans la vie devient inébranlable sur le ring. « J'ai rarement vu quelqu'un apprendre aussi vite, avec autant d'acharnement. Et puis, c'est une locomotive, il tire les autres vers le haut », souligne Diarra Adama, son entraîneur de toujours. Arborant une humilité à toute épreuve, « Soso » a rapidement fait sien l'esprit du sport qui occupe toutes ses soirées. Pas question de fanfaronner, ni de profiter de son talent pour s'imposer dans la cité. « Le combat, ce n'est pas la bagarre. Au contraire, ça m'aide à garder mon calme, et ça m'évite de traîner en bas des blocs », assure le jeune puncheur, qui vise sans complexe les sommets de sa discipline.

Mais en boxe, rien n'est jamais acquis. Pas question donc d'abandonner les études, seul filet de sécurité efficace en cas de coup dur. Son père, arrivé du Maroc en 1978, veille au grain. « Grâce au sport, il ne m'a jamais ramené de problèmes. Je suis fier de lui, mais je veux aussi qu'il réussisse à l'école, pour assurer son avenir », explique Mohammed Oumiha.

Autant dire qu'entre le collège et les entraînements quotidiens, les parties de jeux vidéo que s'accorde parfois Sofiane ne durent jamais très longtemps. « Il faut bien que je prépare les championnats du monde junior de 2012 », assène le jeune Toulousain, comme une évidence. Le rendez-vous est pris. W

* A 14 h, au complexe sportif de la Faourette.