à la mémoire des anonymes morts dans la rue

Charlotte Boitiaux

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Caliméro, Troll, Gogo... Ils vivaient sur les trottoirs toulousains avant d'y mourir. Froid, déshydratation, maladies, parfois même assassinat, la rue n'épargne pas les SDF, dont l'espérance de vie est estimée à 45 ans. Déjà vingt-cinq décès ont été recensés à Toulouse depuis janvier par le collectif toulousain Morts de la rue-Gouttes de vie.

Alors, pour « entretenir la mémoire » de ces anonymes, l'association Alerte exclusion a décidé de leur rendre hommage, le 21 novembre, en organisant un parcours* dans les différents lieux où l'équipe avait l'habitude de rencontrer ces « amis à la rue ». « En dix ans, j'ai vu plus d'une quarantaine de personnes mourir. Cette commémoration est un devoir », explique Jean-Philippe Blanchard, le président.

Morts de la rue-Gouttes de vie s'occupe du dernier voyage de ces défunts. Cérémonies, enterrements, accompagnement des proches, les membres gèrent toutes les procédures liées au décès. « En moyenne, on compte au moins deux morts par mois. C'est très important qu'ils soient enterrés décemment, qu'il y ait une trace de leur passage, explique un des responsables. Nous essayons de rentrer en contact avec la famille. Si la victime n'en a pas, nous organisons nous-même une cérémonie. » Epaulés par la ville, qui prend en charge les frais d'inhumation ou de crémation. Avec l'arrivée du froid, les bénévoles continuent d'ouvrir l'oeil même s'ils répètent qu'en hiver, on ne meurt pas plus qu'en été.

Le collectif estime, avec prudence, que la Ville rose compterait quelque 3 500 SDF, sans compter les cas extrêmement isolés qui ne se manifestent pas. Mais Pascale Estecahandy, médecin au dispensaire de l'hôpital La Grave, juge qu'il est impossible de les comptabiliser. « Il y a ceux qui ne sont restés que quelques mois dans la rue, ceux qui y survivent depuis longtemps et puis ceux qui transitent et repartent... pour aller, parfois, mourir ailleurs. » W

* Rassemblement prévu gare Matabiau à 13 h.