La grande redistribution accusée

Hélène Ménal

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Les avocats de la défense ont parlé d'un combat « pour une société plus juste ».
Les avocats de la défense ont parlé d'un combat « pour une société plus juste ». — A. DUQUESNEL / 20 MINUTES

Leur action était incontestablement généreuse à la base. Et totalement ratée à l'arrivée, de leur propre aveu. Ils étaient sept, hier, sur le banc des prévenus. Trois filles et quatre garçons, âgés de 19 à 27 ans. Des étudiants, une éducatrice et une serveuse, jugés pour avoir participé, le 11 mars, à une « autoréduction » au supermarché Casino de l'avenue Honoré-Serre. En quatre minutes, la troupe a bloqué les caisses, rempli huit chariots et pris la poudre d'escampette.

La plupart voulaient voler les riches pour redistribuer aux pauvres. Ils ont commis au final « un vol aggravé », car la redistribution n'a pas eu lieu. Et les leaders de l'action n'ont pas négocié en amont avec le gérant du magasin, contrairement à ce qui se pratique pour ce type de coup d'éclat. Et le contenu d'au moins un chariot - vins de marque, champagne, magrets - porte un coup à la noblesse de la cause. « Si on fait une action politique, elle doit être un peu pensée intellectuellement », a souligné le président du tribunal correctionnel, en leur conseillant de s'investir légalement pour le Secours populaire ou Emmaüs.

« On n'a pas affaire à des casseurs ou des pillards, ils se battent pour une société plus juste », ont plaidé Eric Zapata et Thomas Eybert, les avocats des autoréducteurs. Et si Jean-Claude Marty, conseil du groupe Casino, estime que ces jeunes ont été « manipulés et envoyés au massacre par d'autres », ils restent selon lui « responsables ». « Le mobile n'exonère en rien de la responsabilité », a ajouté le procureur, qui a pris des réquisitions originales : un « ajournement de peine d'un an », défiant « ces individus » de se tenir à carreau. Le jugement sera rendu le 17 novembre. W