Pourrissement, au propre comme au figuré

Hélène Ménal

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Les discussions sont dans l'impasse et les ordures s'entassent. Les agents de la Communauté urbaine du Grand Toulouse (CUT) ont remis le couvert hier. Il y a eu 70 % de grévistes selon les syndicats, et seulement 25 % d'après leur direction. Cela se voit et se sent, la catégorie la plus mobilisée est celle des éboueurs. Mais dans le cortège qui a consciencieusement quadrillé les rues du centre-ville en renversant les poubelles sur son passage, il y avait aussi des balayeurs, et des informaticiens. « En janvier, au moment de la création à la va-vite de la CUT, on nous a fait des promesses qui n'ont pas été tenues. La désorganisation des services est complète, le travail quotidien difficile et la transparence ne sont pas au rendez-vous », explique un informaticien. « Je ne suis qu'un simple éboueur, je ne fais pas de politique, mais je vois bien qu'on nous balade », ajoute Eric.

Pour ce deuxième jour de mobilisation, les grévistes ont décidé « de faire preuve de créativité ». Ils ont emballé les parcmètres avec des sacs poubelles et songent pour aujourd'hui à des « enrobages de mobilier urbain ». Il n'est pas exclu non plus qu'ils organisent une opération « transports gratuits » dans le métro. Les agents essaiment déchets et pétards, en promenant des pancartes à l'effigie de Guignol. Quand un huissier vient constater un blocage de dépôt de bennes, ils donnent désormais tous le nom de Pierre Cohen.

Le président du Grand Toulouse ne cède pas pour autant. Hier, il a refusé de recevoir une délégation d'agents. « Je ne le ferai que s'ils viennent avec d'autres propositions plus acceptables. Je suis redevable d'un budget et de l'argent des ménages, je ne céderai pas à une escalade de primes », a-t-il indiqué. S'il comprend que certains services puissent être « désorientés » par le passage en communauté urbaine, il réfute les différentiels de salaires mis en avant par les éboueurs. L'édile s'indigne aussi de la « volonté de salir la ville » des manifestants. Pour respecter le droit de grève, Pierre Cohen ne fera pas appel à d'autres prestataires pour ramasser les ordures. Seuls les déchets dangereux, comme les tessons de bouteilles, sont évacués par les non-grévistes. Et le conflit sent de plus en plus mauvais. W