Ce « rouge » se plaît dans le noir

Aline Royer Photos : Frédéric Scheiber

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Cégétiste de conviction, ce critique littéraire est un homme de passions : l'écriture, la musique et l'image en sont les principales.
Cégétiste de conviction, ce critique littéraire est un homme de passions : l'écriture, la musique et l'image en sont les principales. —

Fred Vargas, James Ellroy ou encore Daniel Pennac... A 70 ans, Claude Mesplède a beaucoup de « copains ». Il faut dire que l'initiateur du premier salon des littératures noires et policières, Toulouse, polars du Sud*, a essaimé son sens de la camaraderie aux quatre coins du monde. De salons littéraires en festivals de cinéma, ce Toulousain jovial et rondouillard s'est fait plus qu'une réputation, il s'est fait un nom. Son Dictionnaire des littératures policières, véritable Bible du polar en deux volumes, est en effet nommé par les amateurs du genre : le « Mesplède ». James Ellroy a même poussé l'hommage jusqu'à donner son nom à l'un de ses personnages. « Je suis l'assassin de JFK dans American Deathtrip ! », plaisante l'intéressé.

Drôle de destin que celui de cet homme qui, durant quarante ans, fut technicien de maintenance chez Air France. Né d'un père prof de lettres et d'une mère institutrice, ce boulimique de lecture a toujours eu un net penchant pour les livres de « mauvais genre », type polars et romans de science-fiction. « J'ai souvent entendu : "Tu perds ton temps à lire ça." J'ai horreur de cette réflexion ! C'est de la censure et la plupart de ceux qui disent ça ne connaissent pas cette littérature. » Entré à 15 ans à l'école d'apprentissage d'Air France, il effectue la première moitié de sa carrière à Orly. Syndicaliste CGT, il profite de son rôle au sein du comité d'entreprise pour organiser des rencontres avec des auteurs à la cantine de l'aéroport, puis, plus tard, un concert de l'Orchestre du Capitole. « Mon coup le plus fameux : 1 200 mecs ont découvert la grande musique. Musiciens et ouvriers ont ensuite bu un pot ensemble ! »

La culture, Claude Mesplède ne la conçoit que festive. « Quand un film m'emmerde, je l'arrête. Mon ami Pennac dit la même chose : "Si un livre vous ennuie, jetez-le !" » Cet autodidacte est doté d'une curiosité humaine sans bornes. « Il est insatiable, et fidèle », confie Pascal Dessaint, l'un des nombreux auteurs qu'il a contribué à faire connaître.

En vingt ans, ce critique littéraire est devenu la mémoire vivante d'un genre longtemps méprisé. « Sur 1 200 émissions, Bernard Pivot en a consacré deux au polar qui représente pourtant 1 livre vendu sur 5 ! » s'indigne Claude Mesplède, pour qui le roman noir a le mérite de ne jamais être formaté. Et si les maîtres du genre restent américains, c'est à ses voisins ibères qu'il a voulu consacrer ce premier salon toulousain du polar. Parmi les cinquante auteurs invités, douze sont espagnols. W

* Les 9, 10 et 11 octobre. Rens. : http://toulouse.polars.du.sud.over-blog.com.