Le mal logement des travailleurs pauvres

Béatrice Colin

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Dans le pôle urbain de Toulouse*, un ménage sur quatre est pauvre ou modeste et vit avec moins de 1 053 euros par mois et par adulte. Les deux tiers d'entre eux sont jeunes et actifs, ceux que l'on appelle « les travailleurs pauvres ». Ils représentent 100 000 personnes, dont les deux tiers habitent sur le territoire de la Ville rose. Pas facile dans ces conditions de se loger dans un T2 des quartiers du centre. C'est le constat dressé hier par l'Insee lors de la présentation de son étude sur le thème : « Influence de la pauvreté et de la mobilité résidentielle sur le choix du logement. »

Mais pour la plupart d'entre eux, le choix n'existe pas. Ils sont 66 % à vivre dans du locatif, dans des résidences moins récentes que les autres ménages. « Dans le pôle urbain, leurs logements sont plus petits et la surface habitable moyenne par personne est plus faible : elle est de 34 m2 contre 42 m2 pour les plus aisés. La plupart du temps, ils sont aussi confrontés à des problèmes d'humidité ou d'installation électrique », souligne Odile Ruhlmann de l'Insee. Et pourtant, ces ménages pauvres ou modestes consacrent 36 % de leurs revenus, aides déduites, pour se loger quand, pour les autres Toulousains, cela ne représente que 22 % de leur budget. Et cette part est plus élevée s'ils résident dans des appartements du secteur privé, dont le parc locatif accueille 39 % des ménages pauvres ou modestes contre seulement 27 % pour le parc social. Le retard de la région en matière de constructions HLM a donc un impact direct sur les bourses des ménages les plus en difficulté. Sur la quarantaine de communes du pôle urbain assujettis aux 20 % de logements sociaux, seules trois remplissent leur quota : Colomiers, Muret et Blagnac. Ailleurs, c'est le parc privé qui prend le relais. « C'est aussi le plus indigne, c'est pour cela qu'il faut le réhabiliter », explique André Crocherie, directeur régional de l'environnement, de l'aménagement et du logement. W

* le pôle urbain regroupe 71 communes de la grande agglomération toulousaine.