Toulouse : L’exposition Joséphine Baker « Une vie d’engagements », une plongée dans l’Histoire qui résonne au présent

OSEZ JOSEPHINE Le musée départemental de la Résistance et de la Déportation à Toulouse consacre une exposition gratuite et inédite à l’artiste militante

Marie-Dominique Lacour
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Joséphine Baker lors d'un gala franco-américain à Versailles en novembre 1973.
Joséphine Baker lors d'un gala franco-américain à Versailles en novembre 1973. — AFP
  • Une exposition gratuite et inédite dédiée à Joséphine Baker se tient jusqu’au 29 octobre au musée départemental de la Résistance et de la Déportation à Toulouse (Busca - Pont des Demoiselles).
  • Immigrée noire américaine devenue Française, Joséphine Baker s’illustre d’abord en tant qu’artiste sur la scène parisienne. Elle s’engage ensuite dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, et devient une figure incontournable de la lutte mondiale contre le racisme et l’antisémitisme.
  • L’exposition se veut inter-générationnelle et inspirante. Elle met en lumière ses engagements et permet de mieux comprendre la personnalité complexe de l’artiste militante décédée en 1975, dont les combats font toujours résonance.

Son entrée au Panthéon en 2021 a immortalisé son statut d’icône de la République. Artiste, résistante, militante, Joséphine Baker est plurielle. A Toulouse, le musée départemental de la Résistance et de la Déportation (Pont des Demoiselles) lui consacre une exposition temporaire et gratuite. A travers trois salles qui retracent son parcours de star du music-hall, ses engagements – nombreux, à la vie comme à la scène, notamment contre le racisme –, et l’effervescence qu’elle génère encore aujourd’hui dans le milieu artistique, l’exposition toulousaine rend hommage à celle qui n’a jamais renoncé et qui reste, plus qu’un symbole, un modèle.

« Au music-hall, sur scène, dans une ligne de girls, je fais tache blanche »* disait-elle. Dès l’entrée de l’exposition, cette première citation nous plonge dans la personnalité fascinante de Joséphine Baker. Noire américaine, partie de rien, elle débarque en France en 1925 à l’âge de 19 ans, avec pour seuls bagages son art, ses valeurs et son intelligence. Chanteuse, danseuse, puis actrice de cinéma, elle devient rapidement la star du tout-Paris. Pourtant, elle reste avant tout une femme noire, assignée à garder cette place dans le monde colonialiste de l’époque.

Un destin hors normes

Mais Joséphine Baker, c’est l’anti-woke ; elle puise sa force dans les discriminations et se refuse à être une victime. Confrontée aux clichés racistes qui veulent la soumettre, elle s’élève. Qu’importe si les rôles qu’on lui impose veulent la réduire à sa couleur de peau. Elle les prend tous. Et réussit le tour de force de les retourner à son avantage pour placer ses combats sur le devant de la scène.

Après avoir subi une ablation de l’utérus, elle déjoue encore le destin en adoptant douze enfants, venus des quatre coins du monde : sa tribu arc-en-ciel, étendard vivant de sa lutte incessante contre le nazisme, l’antisémitisme, la ségrégation et la haine raciale. Pour la France, à laquelle elle voue un amour sans bornes, elle s’illustre surtout comme résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, usant de sa notoriété pour passer les frontières. L’exposition dévoile sa relation complice avec le Général de Gaulle, empreinte de respect et de reconnaissance mutuels.

Des combats qui font écho

Il faut compter environ une heure de visite pour découvrir ou redécouvrir cette personnalité hors normes, artiste aux mille facettes, métisse, immigrée, franc-maçonne, aviatrice… Le musée nous amène progressivement à comprendre sa complexité au travers d’objets divers, photographies, articles ou encore perruques, parmi lesquels de nombreuses pièces inédites.

L'exposition Joséphine Baker
L'exposition Joséphine Baker - Marie-Dominique Lacour

Plutôt qu’une rétrospective, l’exposition donne toute sa place à Joséphine Baker l’intemporelle, celle qui reste bien vivante au travers de son héritage et dont la voix résonne plus que jamais à l’aune des fractures de la société actuelle. Pari réussi. De cette mise en lumière cohérente, passionnante et inspirante, on ressort rasséréné et confiant : si Joséphine Baker l’a fait, alors il est encore possible de croire en ses rêves.

*Joséphine Baker, Jacques Pessis, 2021

Joséphine Baker « Une vie d’engagements » – du mardi au samedi 10h00-12h30/13h30-18h00 jusqu'au 29 octobre au musée départemental de la Résistance et de la Déportation – 52 allée des Demoiselles 31400 Toulouse.