Quinze à vingt ans de réclusion requis

Julie Rimbert

— 

C'est aujourd'hui que Jacques Viguier sera fixé sur son sort. Les jurés suivront-ils les réquisitions de l'avocat général qui a demandé quinze à vingt ans de réclusion criminelle à l'encontre du professeur de droit accusé du meurtre de sa femme ? Dans la salle, hier, le silence était religieux. L'accusé, toujours impassible, a pris quelques notes pendant le long réquisitoire de Marc Gaubert et n'a pas réagi à l'annonce de la peine requise.

Pour l'avocat général, la culpabilité du professeur ne fait aucun doute. Pendant trois heures, il a énuméré les éléments troublants retenus contre Viguier : la housse de canapé tâchée de sang, le matelas disparu, son attitude étrange envers les enquêteurs. « Jacques Viguier n'a pas supporté le seul échec de sa vie, celui de son couple, affirme Marc Gaubert. Il a tué sa femme. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de cadavre qu'il ne faut pas le condamner. » Face aux trois enfants du couple, assis au premier rang, l'avocat général revient à la charge. « Au nom de la compassion, on ne peut pas acquitter un meurtrier. La cour a un devoir de vérité. »

Lors de cette avant-dernière journée d'audience, la tension était palpable. A l'entrée de la cour d'assises, le service de sécurité est renforcé, les contrôles accrus. Dehors, c'est un peu la cohue, le procès se déroule aussi dans la rue entre « pro » et « anti » Viguier. Ils étaient une vingtaine, hier après-midi, à attendre qu'une place se libère pour entrer. Tous avaient un avis. « C'est le meurtrier, c'est sûr », lance l'un d'eux. « Mais jamais il n'aurait pu tuer sa femme », lui rétorque un ami. Certains sont arrivés à l'aube pour assister au réquisitoire de l'avocat général. « Il y a vraiment des privilégiés, un public VIP », s'indigne Cécile, qui patiente depuis 7 h du matin. Dans la queue, on retrouve des anciennes étudiantes, des curieux ou encore des touristes étrangers qui ont entendu parler de l'affaire. Car les places sont rares : seules 17 étaient accordées pour le public hier. W