En visite dans les coulisses du procès AZF

Hélène Ménal

— 

Pas d'esclandre, mais pas de vérité non plus. En sept semaines, le procès AZF a donné naissance à une microsociété. Avec ses habitués - 450 à 500 personnes par jour en moyenne - et ses « centres névralgiques ». « Le long couloir des urinoirs et l'étroit escalier qui y mène par exemple. C'est l'endroit où toutes les parties se saluent et se retrouvent à égalité », plaisante à peine Frédéric Arou, le président de l'Association des sinistrés du 21 septembre. Chaque bord a aussi pris ses habitudes à la permanence - « chaleureuse », de l'avis général - du service d'aide aux victimes.

Humainement, le procès remplit son office. « On a rencontré des gens, changé nos comportements. J'ai longuement discuté avec la mère d'une victime et j'en ai tiré un apaisement auquel je ne m'attendais pas », reconnaît Jacques Mignard, le président de l'Association des ex-salariés. L'autre point de convergence est la tenue des débats par le président, Thomas Le Monnyer. « Un Ben-Hur qui gère bien les chars et les chevaux fous » pour Frédéric Arou, « un homme dont la connaissance du dossier est impressionnante », selon Jacques Mignard. Mais les civilités s'arrêtent le plus souvent au portillon de sécurité. Sur le fond, le choix fait par le magistrat de décortiquer pendant des semaines le fonctionnement de l'usine, des réactions chimiques et les produits en cause, fait débat. Christophe Lèguevaques, l'avocat de l'Association des sinistrés comprend « la méthode pédagogique qui consiste à préparer le terrain, comme on le ferait avant une opération à coeur ouvert ». Au contraire, Daniel Soulez-Larivière, avocat de Grande Paroisse s'en agace et juge qu'on « assiste à une cérémonie à caractère pédagogique plus que juridique », regrettant que la thèse de l'accusation, celle de l'accident chimique, soit examinée « en dernier ».

Stella Bisseuil, l'avocate de l'Association de familles endeuillées, retire de la « guérilla des experts », « une stratégie de diversion de Total, un habillage scientifique qui ne contribue en rien à la manifestation de la vérité ». Elle a hâte de rentrer dans le vif du sujet. Dès mardi. le tribunal commencera à examiner les pistes alternatives (météorite, bombe de la Seconde Guerre mondiale, etc). Et surtout abordera à partir de vendredi prochain la thèse de l'attentat. W