Disparue du Tarn : Guerric Jehanno condamné à nouveau à trente ans de prison en appel pour le meurtre d’Amandine Estrabaud

JUSTICE La cour d’appel de Toulouse a confirmé la sentence du tribunal d’Albi pour le meurtre de la jeune femme, dont le corps n’a jamais été retrouvé

X. R.
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Les avocats de Guerric Jehanno ont pointé l'absence totale de preuves matérielles. Sans succès.
Les avocats de Guerric Jehanno ont pointé l'absence totale de preuves matérielles. Sans succès. — GEORGES GOBET / AFP

Huit ans après les faits, un an après le premier procès, Guerric Jehanno a de nouveau été condamné à trente ans de réclusion criminelle pour l’enlèvement, la séquestration, le viol et le meurtre d’Amandine Estrabaud. Une sentence lourde dans une affaire sans corps ni ADN. Au bout de cinq jours de procès, la famille de la victime se dit soulagée malgré une « demi-victoire », rapporte la Dépêche du Midi.

« J’ai du mal à apprécier cette victoire tant qu’on n’a pas enterré Amandine », regrette Rémy, son petit frère, alors que sa tante Eliane avoue être « épuisée ». Leur avocat, Me Pierre Dubuisson, tente même le coup une dernière fois, alors que le verdict est tombé : « Il peut encore soulager sa conscience. S’il dit maintenant où est le corps, le juge d’application des peines en tiendra compte, forcément. Cela pourrait lui faire gagner jusqu’à 8 ans de liberté. »

Absence totale de preuves matérielles

Mais pour Guerric Jehanno, soutenu par sa famille, le coup est dur à encaisser. Ses avocats n’ont pas ménagé leur peine, pointant de multiples zones d’ombre dans l’affaire. « Pas une particule de sang, pas un lambeau de chair, pas un ongle brisé, pas un bout de tissu, pas la fibre d’un vêtement », détaille Me Simon Cohen, ténor du barreau toulousain, indiquant que « 105 outils ont été retrouvés chez Jehanno, tous inspectés et cela n’a rien donné ». Me Marie-Hélène Pibouleau, autre avocate de la défense, remet en cause le témoignage de la voisine d’Amandine, puisque les horaires qu’elle donne sur le dernier moment où on a vu Amandine Estrabaud ne concordent pas avec les heures de travail de l’accusé.

La défense pointe aussi la manière dont a été menée l’enquête. La voisine ne s’est-elle pas d’ailleurs plainte à la barre de l’orientation des questions des policiers ? Quant aux témoignages de trois codétenus, qui affirment selon le Parisien que Guerric Jehanno leur a fait des aveux et dessiné le plan pour trouver le corps, l’avocate signale que les témoignages ne concordent pas et qu’ils ont été faits en échange d’une promesse de remise de peine. Avant d’avancer des tensions dans la famille Estrabaud, et qu’il n’y avait peut-être même pas eu de crime si Amandine avait disparu volontairement.

« Le seul à correspondre à tous ces critères »

Cela n’empêche pas l’accusation de dérouler le scénario du 18 juin 2013. L’auteur du crime aurait été présent à Roquecourbe cet après-midi-là, entre 15h45 et 16h30, portant un pantalon à soufflés orange. Il aurait pris en stop Amandine Estrabaud, l’aurait ramené chez elle avant d’être invité à inspecter une infiltration à l’arrière de la maison. C’est là qu’il aurait agressé la jeune femme, avant de l’assommer, puis de l’amener dans sa camionnette blanche où il l’aurait violée et tuée.

Guerric Jehanno « est le seul à correspondre à tous ces critères », signale l’avocat général. Les jurés ont finalement confirmé la condamnation du tribunal d’Albi, à « la majorité de 8 voix au moins » sur neuf : 30 ans de réclusion criminelle. Les avocats de la défense regrettent encore un « tour de passe-passe, pour ne pas dire de falsification judiciaire » sur l’ajout des charges de viol et de meurtre, pour lesquels il n’existe « aucune preuve ». Ils réfléchissent à un éventuel pourvoi en cassation.