Toulouse : Les éboueurs vent debout contre la fin programmée du « fini-parti »

DECHETS Toulouse Métropole envisage de mettre fin à partir de janvier au système du « fini-parti », qui permet aux éboueurs de quitter leur travail dès la fin de leur tournée. Une annonce qui sème la colère chez les agents

Béatrice Colin
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Lors d'un ramassage des ordures ménagères à Toulouse (Illustration).
Lors d'un ramassage des ordures ménagères à Toulouse (Illustration). — B. Colin / 20 Minutes
  • Depuis plusieurs décennies, le système du « fini-parti » est observé par les éboueurs de Toulouse Métropole et leur permet de quitter leur travail une fois leur tournée achevée.
  • La collectivité, qui s’appuie sur la nouvelle loi prévoyant l’alignement de tous les agents territoriaux aux 35 heures hebdomadaires, assure qu’elle veut assurer les conditions de sécurité et de santé de ses agents.
  • Pour les éboueurs et leurs organisations syndicales, ce changement va à l’encontre de la prise en compte de la pénibilité de leur travail. Ils envisagent des actions dans les jours à venir.

C’est un acquis en vigueur depuis des décennies. Il remonte à l’époque où Pierre Baudis était maire de Toulouse. Le «fini-parti», qui permet aux agents de la collecte des déchets de s’arrêter de travailler une fois leur tournée terminée quelle que soit l’heure, est dans le viseur de Toulouse métropole.

Il y a une semaine, La collectivité a annoncé aux organisations syndicales qu’elle comptait mettre fin à ce système à compter du 1er janvier prochain. Depuis, une vague de colère anime les quelque 600 éboueurs de l’agglomération qui vont être touchés par cette décision.

Pour la faire passer, les élus s’appuient sur la Loi de transformation de la fonction publique votée au cœur de l’été et qui impose aux agents territoriaux de travailler désormais 1.607 heures par an, soit 35 heures par semaine.

Plus de sécurité selon la collectivité

Pour compenser la pénibilité de leur activité, elle prévoit désormais de leur donner deux jours de compensation, soit cinq de moins qu’aujourd’hui. « En moyenne, les éboueurs travaillent 25 heures par semaine. Le fini-parti est une pratique perverse qui les incite à aller vite, en se mettant en danger et en faisant des gestes inappropriés pour leur santé. Nous voulons nous comporter en employeur responsable, pour, à l’avenir, lorsqu’ils arrivent à la retraite, ils soient en meilleur état », avance Vincent Terrail-Novès, vice-président chargé de l’économie des déchets et de la propreté à Toulouse Métropole.

Ce dernier veut que les agents prennent dorénavant plus de temps pour effectuer leur tournée, afin de limiter les risques. Et s’ils arrivent au dépôt avant la fin du temps réglementaire, leurs managers en profiteront pour leur rappeler les consignes. « Entre 2018 et 2020, nous avons eu 215 accidents du travail, c’est 3,5 fois plus que sur l’ensemble des autres services de la collectivité. Nous avons aussi encore plusieurs dizaines de rappels qui se font sur les bonnes pratiques, que ce soit les gestes appropriés ou lorsqu’il y a des feux rouges grillés », égrène l’élu pour justifier cette décision polémique.

Des arguments battus en brèche par les syndicats. « Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, les agents font la collecte, ils font leur travail consciencieusement, ils respectent les règles de sécurité. Ils profitent de la loi pour mettre fin au fini-parti, or avec le système dérogatoire, il est possible de le maintenir en reconnaissant la pénibilité. A Marseille, ils la reconnaissent avec une décote de 9,5 % du temps de travail. Chez nous, ils avaient pris l’engagement par écrit lors de la réorganisation de la collecte en 2019 de ne pas revenir dessus. Une fois de plus, les politiques manquent à leurs engagements », déplore Patrick Mouinet, de l’Unsa Territoriaux.

Des actions à venir selon les syndicats

La question de la pénibilité est au cœur des revendications des différents syndicats, unanimes contre l’arbitrage de Toulouse Métropole. « En deux ans la collectivité a baissé de 25 % les effectifs de la collecte, elle a augmenté la taille des secteurs et donc la charge de travail des agents. Pour mettre fin au fini-parti, elle parle de respect des conditions de sécurité et de santé, c’est paradoxal », dénonce Nicolas Refutin, le secrétaire général de FO Toulouse Métropole.

L’ensemble des organisations a rendez-vous ce vendredi pour décider des actions à mener. Au-delà de la grève, certains prônent une autre forme de mobilisation. « Aujourd’hui les collectes sont faites sur les grands axes en priorité, les agents ne prennent pas le temps de faire leur pause, ils travaillent assez vite pour que les gens ne restent pas coincés derrière le camion et pour ne pas embêter les Toulousains en créant des embouteillages, c’est gagnant-gagnant. Nous allons proposer d’appliquer les règles à la lettre, de ne pas monter sur les trottoirs pour passer, de faire toutes les pauses et à la fin toutes les rues n’auront pas été collectées, les camions pas vidés et ça s’accumulera », plaide Benoît Fontanilles pour le syndicat autonome FA-FPT.

Des actions qui pourraient se mettre en place rapidement, avant la prochaine réunion du comité technique prévue le 18 novembre prochain.