Toulouse : La Ville rose ramène sa bobine pour devenir, elle aussi, une terre de tournages

CINEMA Avec plus d’une centaine de tournages cette année, dont près d’une dizaine de films et séries, la Ville rose cherche à promouvoir son territoire. Et cherche à séduire les producteurs grâce à « Toulouse on air », un pack de « décors aérospatiaux » clés en main

Béatrice Colin
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Lors du tournage de
Lors du tournage de — R. Deligeon
  • Cette année, plus d’une centaine de tournages ont eu lieu à Toulouse, dont près d’une dizaine de séries et long métrage.
  • Grâce à son Bureau des tournages, la Ville rose attire de nouvelles équipes de production, cherchant à être une offre alternative à Montpellier.
  • Pour se différencier, les acteurs du secteur mettent l’accent sur l’aéronautique, en proposant le pack « Toulouse on air », qui permet de tourner des scènes dans une cabine d’avion ou dans un hall d’aéroport.

Au début du mois, les Toulousains ont pu tomber au détour de la rue du Taur sur Agnès Jaoui et Géraldine Nakache. Les deux actrices n’étaient pas là pour visiter la ville mais pour y tourner   Le Cours de ma vie, le dernier opus de Frédéric Sojcher. Le réalisateur belge de Je veux être actrice n’est pas le seul à avoir posé cette année ses caméras sur les pavés de la Ville rose.

En avril dernier, Jean-Paul Lilienfeld filmait durant onze jours Juliette dans son bain et depuis le 11 octobre, Julien Patry y réalise Toutouyoutou pour OCS, une série de dix épisodes qui plongera le spectateur dans l’univers de l’aérobic des années 1980. Un foisonnement de tournages de longs métrages de cinéma ou de séries que la Ville rose n’avait jamais connu jusqu’alors. Episodiquement, la capitale de la région Occitanie pouvait servir de décor pour des grosses productions, comme le D’Artagnan de Peter Hyams où le Capitole avait retrouvé le bruit des sabots des chevaux tirant des carrosses.

De 2016 à 2020, le nombre de jours de tournage a été multiplié par 3,7 en Occitanie

« D’ici à la fin de l’année, nous allons avoir neuf tournages d’importance, alors qu’auparavant nous étions plutôt sur un à deux par an. Entre les publicités, les émissions télé, les tournages étudiants ou les clips, il y en a une centaine par an, mais les retombées ne sont pas les mêmes », avance Silvia Ferrari, la directrice adjointe de l’agence d’attractivité qui s’est doté d’un véritable Bureau des tournages pour promouvoir la ville auprès des sociétés de production. Grâce à son fonds de soutien, il a investi près de 150.000 euros cette année sur six tournages, « pour 2,6 millions de retombées » entre les nuitées d’hôtel, le travail des techniciens locaux, les figurants ou encore les locations de matériel.

Des aides souvent doublées par celle d’Occitanie films, l’agence de cinéma et de l’audiovisuel de la région. En cinq ans, de 2016 à 2020, le nombre de jours de tournage a été multiplié par 3,7 sur l’ensemble de ses 13 départements.

Concurrence régionale

Au milieu de l’offre déjà importante de la région, Toulouse essaie donc de se faire une place. Notamment d’offrir une alternative à Montpellier et Sète qui depuis quelques années trustent les tournages de série avec les très populaires Un si grand soleil et Demain nous appartient. Ces deux rendez-vous quotidiens sur France 2 et TF1 donnent un coup de projecteur fantastique aux deux villes de bord de mer, qui en ont fait un argument touristique. Et une source de revenus, puisqu’un euro investi dans une série, c’est 13 euros de retombées.

« Il y a de la concurrence, mais c’est aussi saturé du côté de Montpellier et Sète », relève la directrice du Bureau de tournages qui multiplie les services pour convaincre les réalisations de choisir Toulouse. Son service d’aide au repérage est gratuit, tout comme son aide sur les demandes d’autorisation de tournage ou sa mise en relation avec les professionnels locaux.

Se démarquer avec « Toulouse on air »

Pour se démarquer, il a décidé de miser sur son statut de capitale de l’aéronautique en créant « Toulouse on air », qui réunit huit entreprises qui proposent des décors aérospatiaux, des aéroports de Blagnac et Francazal, à la Cité de l’espace en passant par le studio Le Grand Set qui permet de tourner dans un intérieur d’avion.

« Dès qu’il y a une scène dans une cabine d’avion ou dans un aéroport, il faut que Toulouse devienne un réflexe pour les équipes de production », escompte Jean-Claude Dardelet, adjoint au maire et président de l’agence d’attractivité de Toulouse. Une possibilité offerte depuis l’an dernier par Le Grand Set, un studio de tournage de 1.200 m2, dont 500 m2 de plateau, qui propose un décor d’intérieur d’avion entièrement modulable et mobile.

La semaine prochaine il accueillera l’équipe du film Frère et sœur d’Arnaud Desplechin, avec Marion Cotillard et Melvil Poupaud. « L’idée c’est de proposer un pack. Quand une équipe débarque, on peut leur proposer de tourner dans une cabine d’avion, mais aussi de pouvoir faire des scènes de débarquement à l’aéroport de Blagnac, un passage à la douane ou encore un décollage à Francazal », détaille Laurent Foulquier, le directeur du Grand Set. Un grand studio qui manquait pour compléter l’offre de décors naturels et décider des producteurs à choisir Toulouse plutôt que Marseille ou Montpellier.

Autant que les petits à côté proposé par le Bureau des tournages. « La veille de prises de vues dans une rue, on fait passer un ventouseur, qui s’occupe de réserver les places de stationnement. Dans les autres grandes villes, les mairies font payer les productions, à Toulouse c’est gratuit. C’est pour ce genre de choses qu’on sent qu’ici il y a une volonté de développer le cinéma », poursuit Laurent Foulquier.

Avec les autres acteurs de « Toulouse on air », cette année il s’est rendu au festival de Cannes et à Séries Mania à Lille. Histoire de séduire avec leur pack les producteurs, dont certains avaient mis en stand-by leurs projets à cause de la crise du Covid-19.