Toulouse : Valse des enseignes, nouveautés, dans quel état le petit commerce sort-il de la crise sanitaire ?

CHAISES MUSICALES A la sortie de la crise sanitaire, de nombreuses nouvelles enseignes ou boutiques font leur apparition dans le centre-ville de Toulouse, où le commerce a plutôt résisté. Mais est-ce trompeur ?

Hélène Ménal
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Des Toulousaines en mode shopping. Illustration.
Des Toulousaines en mode shopping. Illustration. — F. Scheiber - Sipa
  • Normal, Aroma-Zone, bientôt Five Guys, l’été et la rentrée ont amené leur lot de nouveautés dans les enseignes du centre-ville de Toulouse.
  • De façon générale, les statistiques réunies par la mairie montrent que le commerce y a plutôt bien résisté à la crise sanitaire.
  • Les aides de l’Etat ont permis d’éviter de nombreuses faillites mais les professionnels s’inquiètent pour la suite.

Si vous avez passé l’été et le début de l’automne à hiberner, niveau shopping, le temps de sortir de la léthargie acheteuse provoquée par la crise sanitaire, vous allez trouver de quoi satisfaire votre goût de la nouveauté en arpentant le centre-ville de Toulouse. L’enseigne danoise Normal, avec ses curieux labyrinthes mêlant confiseries et produits corporels en « soft discount » a ouvert, non pas une, mais deux boutiques, rue d’Alsace et la semaine dernière, rue Saint-Rome.

Rue Saint-Pantaléon, le magasin Ô Linge de maison soignera votre nostalgie de l’emblématique Bouchara, et pour une séquence bien-être ou des ateliers de cosmétique maison vous pourrez toujours pousser en curieux les portes de la nouvelle boutique Aroma-Zone de la place du Capitole. Quant à Five Guys, les burgers gourmets préférés de Barack Obama, il faudra patienter encore un peu, mais ils sont en approche « dans le secteur Alsace ». Une zone où vous allez peut-être ressentir un grand vide. Oui, le grand magasin H & M a plié bagage, sans tambour ni trompette, au cœur de l’été. « Nous avons été surpris aussi, concède Olivier Arsac, l’adjoint au maire au commerce. Je pense que la décision a été prise brutalement en plein confinement parce que le bailleur souhaitait renégocier un loyer déjà énorme. Mais je n’imagine pas que H & M ne revienne pas prochainement en centre-ville ». Chez les professionnels, ce départ en catimini pourrait avoir une autre explication : « Partout en France, quand Primark s’installe, H & M ne résiste pas longtemps et finit par partir », glisse un commerçant.

« Des gens continuent à acheter des commerces »

Mais, outre ce séisme, Olivier Arsac a fait ses comptes. Il estime que la crise sanitaire n’a « pas créé de grand bouleversement » et que « le commerce de proximité a plutôt bien résisté ». Il en tient pour preuve le fait que les cessions de fonds de commerce en centre-ville – « 200 par an en moyenne depuis cinq ans » – n’ont chuté que de 20 %. « Ce n’est pas rien mais c’est quand même le signe que des gens continuent à acheter des commerces », souligne Olivier Arsac, rappelant au passage que la mairie n’a pas la main concernant ces transactions privées.

Quand il prend le pouls, le service commerce de la mairie se réjouit de la multiplication des concept stores originaux mais reconnaît aussi une « inquiétude » dans le domaine de l’habillement, qui souffre le plus, après les samedis « gilets jaunes » et la crise sanitaire, de la concurrence de l’e-commerce.

Un simple « sursis » ?

Philippe Léon, le président de la Fédération des artisans, commerçants et professionnels de Toulouse, partage le constat d’une crise sanitaire qui n’a pas bousculé la géographie commerçante. Du moins pas encore, car, pour lui, « le commerce est en sursis et le pire est à venir ». « Après trois ans de "gilets jaunes", on avait, pour la plupart, un genou à terre, et, au début de la crise sanitaire, on préparait l’enterrement, explique-t-il. Et puis, il y a eu le fameux PGE [prêt garanti par l’Etat]. Il a permis, même à ceux qui étaient affaiblis avant, de préserver une trésorerie. On s’attend à une vague de fermetures au printemps, quand il va falloir commencer à rembourser. »

Le professionnel remarque aussi que, quand des indépendants ferment, « ce sont des chaînes ou de grandes enseignes qui prennent leur place », diluant l’originalité des boutiques toulousaines. Il s’inquiète aussi des effets à venir de la zone à faibles émissions ou des travaux de la rue de Metz. En attendant, les confrères de Philippe Léon croisent les doigts pour que les fêtes de fin d’année se déroulent sans manif.