Toulouse : Hospitalisé pour une leucémie, Alexis a pu « être comme à la maison » grâce au petit robot intelligent Buddy

INNOVATION Pour lutter contre l’isolement des enfants atteints d’un cancer et placés à l’isolement, le CHU de Toulouse et l’association « The Hope of princess Manon » ont mis en place un petit robot intelligent

Béatrice Colin
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Grâce à Buddy, un petit robot installé chez lui, Alexis, isolé dans sa chambre d'hôpital, a pu garder le lien avec sa soeur Carla.
Grâce à Buddy, un petit robot installé chez lui, Alexis, isolé dans sa chambre d'hôpital, a pu garder le lien avec sa soeur Carla. — CHU de Toulouse
  • Pour aider les enfants placés à l’isolement dans le cadre de leur cancer, le CHU de Toulouse propose aux familles d’accueillir à la maison Buddy, un petit robot, qui permet à l’enfant de garder le contact avec son domicile.
  • Porté et financé par l’association toulousaine « The hope of princess Manon », ce projet a déjà permis à quatre enfants de rester en contact de leurs proches par l’entremise du robot.
  • Selon les familles et les médecins, ce compagnon « intelligent » a des effets bénéfiques sur l’enfant et permet de rompre l’isolement.

Pendant plusieurs jours, Alexis a pu jouer avec Carla, lorsque celle-ci rentrait de l’école en fin de journée. Pourtant, plusieurs kilomètres le séparaient de sa sœur. Atteint d’une leucémie, le jeune garçon de 11 ans se trouvait à l’isolement, au sein du service de d'hémato-oncologie pédiatrique du CHU de Toulouse, auquel sa cadette n’avait pas accès. Mais grâce à Buddy, un petit robot intelligent présent au domicile familial, ils ont pu garder le lien et continuer à jouer.

Buddy, le robot émotionnel et intelligent, est utilisé au sein du service onco-pédiatrique du CHU de Toulouse.
Buddy, le robot émotionnel et intelligent, est utilisé au sein du service onco-pédiatrique du CHU de Toulouse. - CHU Toulouse

Depuis sa chambre d’hôpital, grâce à une tablette, Alexis pouvait chaque soir appeler sa sœur qui voyait le visage de son frère apparaître à la place des yeux de Buddy, petit bijou de technologies pas plus haut qu’un chat dressé sur ses pattes et qui peut se faufiler partout. « C’est comme si j’étais à la maison, je pouvais aller dans ma chambre et voir les choses qui ont changé », explique le garçon qui a pu ainsi observer à distance les travaux réalisés en son absence par ses parents.

Rendre l’enfant autonome

Mieux que les appels vidéos sur téléphone portable, le compagnon électronique donne la possibilité à l’enfant d’être autonome, d’aller voir ses animaux ou encore de participer aux repas de famille si le cœur lui en dit. « Pour les deux petits cela a été un grand moment de partage. Lors du premier isolement d’Alexis, ils ont tous les deux souffert, ils s’appelaient en visio mais ça ne marchait pas tellement. Là, ma fille se cachait et lui manipulait Buddy pour la retrouver, ils se sont beaucoup amusés », raconte Sandrine, la maman d’Alexis, à fond derrière ce projet technologique lancé et financé par «The Hope of Princess Manon».

Après la perte de leur fille, Thierry Gauthier et sa femme Anne ont décidé de créer cette association et de s’investir pour aider les enfants atteints d’une leucémie à mieux vivre leur isolement. Au départ, ce salarié de l’aéronautique avait dans l’idée de créer de A à Z avec ses collègues de l’Humanity Lab d’Airbus un prototype de robot qui puisse interagir avec la cellule familiale. Avant de tomber sur Buddy, fabriqué par la société française Blue Frog Robotics, qui avec son mignon design et ses grands yeux expressifs répondaient aux besoins d’un service pédiatrique.

« L’avantage, c’est aussi qu’on peut travailler sur des softwares, les intégrer au robot pour le développer de manière spécifique pour l’hôpital. Nous l’avons donc dans un premier temps testé, et depuis, quatre enfants ont pu en bénéficier », explique le cofondateur de l’association qui compte acheter d’ici peu un second exemplaire de ce robot made in France. Puis d’autres, qui pourraient par exemple profiter à des petits Toulousains, obligés comme Alexis de partir durant un mois à Bordeaux, en chambre stérile après avoir eu une greffe de moelle osseuse.

« L’avantage de Buddy, c’est que l’enfant est indépendant, il commande le robot depuis la tablette, il a le choix de mettre son visage ou d’avoir un avatar s’il n’a pas le moral. Il ne peut pas non plus se connecter seul, cela permet de conserver une certaine intimité pour les parents… Tout simplement parce que parfois papa et maman pleurent et qu’ils n’ont pas envie de le faire devant leur enfant, où lorsqu’ils discutent entre eux », assure Thierry Gauthier pour qui le robot aide aussi bien les petits malades que leurs proches.

Des bénéfices bientôt à l’étude

Vu sa taille et son poids, Buddy peut être embarqué aux repas de famille, aux fêtes de Noël et peut être qu’un jour il permettra à l’enfant d’aller virtuellement en classe avec ses camarades, ou de participer aux sorties scolaires au musée. D’autant qu’il y a une vraie interaction, quand on caresse le robot, des cœurs apparaissent sur la tablette du petit malade. Et lorsque ce dernier a un coup de blues, il peut utiliser un avatar aux yeux tristes pour faire passer le message à ses proches.

« Pour nous, l’idée est vraiment d’améliorer les soins des enfants et les soins de support. On sait que le côté psychologique et le vécu du traitement ont une part importante dans le résultat. Que l’enfant vive mieux l’étape de l’isolement en fait partie. Pour l’instant, sur les quatre familles qui ont testé Buddy, nous avons des retours très positifs, les enfants sont très contents », explique le docteur Cécile Boulanger, du service d’hémato-oncologie du CHU de Toulouse. Avec l’association et l’équipe soignante, elle a fixé quelques règles pour l’utilisation du petit compagnon, de la durée d’utilisation aux modalités d’appel.

Pour évaluer les bénéfices sociopsychologiques de ce nouvel outil, une étude va être lancée. Mais d’ores et déjà, elle y voit une utilité, notamment après cette longue période de Covid-19 où les visites étaient encore plus limitées. « Si les parents veulent l’emmener au spectacle de fin d’année du frère ou de la sœur, ils peuvent. Budy peut parler, prendre des photos, zoomer si l’enfant veut voir de près, comme le petit Gabin qui a un aquarium et peut ainsi suivre ses poissons. L’enfant doit pouvoir être acteur et décider, et cela leur fait un objectif dans la journée », assure la praticienne.

Alors qu’une précédente expérience avait été menée à Lyon avec un système de tablette sur roulettes, avec Buddy le médecin a pu apprécier l’aspect ludique du robot, sa taille aussi et son côté transportable. Et elle espère bien que des mécènes généreux aideront à en financer d’autres pour permettre à d’autres enfants de pouvoir avoir la chance d’avoir un Buddy chez eux pour les aider à garder le contact.