Un procès en points de suspension...

Hélène Ménal

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De un an à trois mois de prison avec sursis ont été requis, hier, à l'encontre des organisateurs d'une « suspension ». Le 2 août 2006, Benjamin, mineur pour encore quelques semaines, avait été maintenu en l'air à l'aide de crochets passés sous sa peau. Une « performance » orchestrée dans un appartement toulousain par le tatoueur Toro. Et dont des images ont été diffusées, le 8 octobre 2006, dans le magazine « Zone interdite » de M6. C'est cette exposition médiatique qui a mis le feu aux poudres. En provoquant l'ire, d'abord, du parquet des mineurs, puis celle du père du jeune garçon, qui assimile ce qu'il a vu à « des actes de tortures ».

Cinq personnes étaient poursuivies, hier. Toro, pour « violence volontaire avec arme et en réunion », ainsi que trois « complices » : deux amis tatoueurs et la jeune fille qui a prêté l'appartement. Et surtout, fait inédit dans les annales pénales, la journaliste Isabelle Cottenceau, contre laquelle le ministère public a requis six mois de prison avec sursis pour avoir « incité » à la suspension « par intérêt professionnel ».

Le procès s'est déroulé dans un ambiance étrange. Avec une victime, partie civile du bout des lèvres au côté de son père, et qui fraternise avec ses « bourreaux ». Un performer, Toro, assumant brillamment toutes les facettes de son art. Et une journaliste, cristallisant du coup les rancoeurs. « C'est Toro qui a fixé la date, et je suis persuadée que cette suspension aurait eu lieu avec ou sans moi », a-t-elle expliqué. « C'est vrai, mais le jour du tournage, elle a insisté pour repartir le soir même, et nous a obligés à tout faire en une heure », a insisté Toro. « Du fait des caméras, on ne peut pas reculer », a confirmé Benjamin. Dans cet imbroglio, Simon Cohen, l'avocat de Toro, a plaidé sur le terrain juridique. Pour lui, le délit n'est pas constitué, tout simplement parce que la loi - et même les dispositions récentes sur le piercing et le tatouage - « ne dit rien sur les suspensions ». Le délibéré sera rendu le 12 mai. ■