Voyage à l'épicentre de l'enquête

Béatrice Colin

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Tour à tour, l'expert judiciaire Daniel Van Schendel et l'ancien procureur de la République, Michel Bréard, ont été mis sur le gril par le président du tribunal correctionnel et les avocats de la défense. Ils sont revenus sur les premiers jours de l'enquête et sur ce qui les avait poussés vers la thèse accidentelle, aux dépens de la piste criminelle. Pour l'expert en pyrotechnie, Daniel Van Schendel, la forme dissymétrique du cratère a en partie orienté son enquête et sa première note en date du 28 septembre 2001. « Si une charge explosive avait été placée au centre, le cratère aurait eu une forme plus symétrique, ce qui nous a fait éliminer, dans un premier temps, mais pas complètement, un acte malveillant ou terroriste », a-t-il insisté. « La dissymétrie de la forme du cratère n'est pas abordée dans votre rapport du 28 septembre. C'est l'argument pour exclure l'acte volontaire. Or il n'y en a pas un mot », a accusé Mauricia Courrégé, avocate de Grande-Paroisse.

Un feu nourri de questions a aussi visé l'ancien directeur d'enquête. Michel Bréard est revenu sur ses déclarations télévisées, trois jours après la catastrophe, où il déclarait privilégier « à plus de 90 % » la piste accidentelle. « Ma réaction n'a pas été très habile. J'avais parlé au départ de possibilités importantes, voire très importantes. Une journaliste m'a alors demandé de faire des pourcentages », a raconté le magistrat. Mais, pour lui, cette annonce n'a pas changé le cours de l'enquête, contrairement aux reproches formulés par Jean-Luc Forget, avocat de l'Association des anciens salariés. « Disposiez-vous, à ce moment-là, d'éléments techniques permettant d'évacuer quasi totalement un acte de malveillance ? », a-t-il interrogé. « Je sais qu'on me reproche d'avoir écarté la piste criminelle. C'est faux. Sur les trois pistes principales qui se dégageaient au début de l'enquête - électrique, criminelle ou accidentelle -, j'ai fait une très large place aux investigations faites sur la piste terroriste dans un prérapport de 2004 », a-t-il déclaré. La commission d'enquête interne du groupe pétrolier n'a pas été en reste. « Je trouve ça très désagréable qu'ils se soient introduits dans certains locaux et entretenus avec des personnes sans en référer à qui que ce soit », a dénoncé l'ex-procureur de la République de Toulouse. Aujourd'hui, les premiers éléments relevés sur le site vont être passés au crible. ■