Toulouse : Sortir des élèves du Mirail pour les scolariser dans les collèges favorisés porte ses fruits

MIXITE SOCIALE Le plan mixité sociale lancé dans les collèges toulousains il y a quatre ans par le conseil départemental de la Haute-Garonne a permis d’augmenter les résultats scolaires des élèves issus du quartier du Mirail

Béatrice Colin
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Illustration d'un collège de Haute-Garonne.
Illustration d'un collège de Haute-Garonne. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • En 2017, le conseil départemental de Haute-Garonne lançait son plan « mixité sociale » dans les collèges pour améliorer les résultats des élèves du Mirail et lutter contre la ghettoïsation de deux établissements.
  • Aujourd’hui, les élèves des deux collèges « ghettos » du Mirail sont tous scolarisés dans d’autres établissements de l’agglomération dits plus favorisés.
  • Selon un bilan dressé par l’Education nationale, le niveau des élèves a progressé, les troisièmes issues du quartier du Mirail ayant obtenu à 63 % leur brevet, contre 50 % auparavant en moyenne pour le collège Badiou.

Il y a quatre ans, des élèves du Mirail faisaient leur rentrée en sixième dans le très favorisé collège du centre-ville de Toulouse, Pierre-de-Fermat. Ce changement d’établissement scolaire était la première pierre du plan mixité sociale du conseil départemental de Haute-Garonne. Pour améliorer le niveau scolaire des élèves des quartiers populaires, le conseil départemental a décidé de les sortir de leur quartier.

Progressivement, les collégiens qui auraient dû faire leur rentrée dans les établissements Badiou et Bellefontaine, où le nombre d’élèves issus des milieux défavorisés oscillait entre 60 et 80 % des effectifs, ont été redéployés sur onze collèges de Toulouse et son agglomération, où le niveau était de 75 % des effectifs issus de milieux favorisés.

63 % de réussite au brevet

Au total, 1.140 élèves ont ainsi été dispatchés dans d’autres établissements que ceux de leur secteur, voués à disparaître. En parallèle, le chantier de construction de deux nouveaux collèges était lancé à Saint-Simon et Guilhermy, des quartiers limitrophes du Mirail, à la sectorisation plus mixtes socialement.



« A Toulouse, il y a des ghettos et il y avait urgence, car les résultats scolaires n’étaient pas satisfaisants. Au début, il a fallu convaincre et relever plusieurs challenges », reconnaît Georges Méric (PS), le président du conseil départemental de la Haute-Garonne. La collectivité a engagé plus de 42 millions dans la construction des nouveaux établissements et près de 900.000 euros chaque année depuis quatre ans pour accompagner le dispositif de délocalisation des élèves.

Une décision politique « pour lutter contre le déterminisme social » qui semble aujourd’hui payer. Les 100 premiers élèves de la Reynerie « décentralisés » dans les collèges favorisés ont passé en juin dernier le diplôme du brevet. Et, comparativement aux résultats traditionnellement obtenus par les élèves de Raymond-Badiou, ils sont supérieurs. « Les résultats sont positifs et il y a la nécessité de ne pas s’arrêter là. Nous avons un taux de réussite global de 63 % quand il était de 50 % dans le collège d’origine. Aux épreuves écrites, 33 % des élèves ont obtenu une moyenne supérieure à 12 sur 20 quand ils étaient moins de 5 %. Certains élèves ont même obtenu plus de 18 », a expliqué lors d’un bilan Mathieu Sieye, le directeur académique des services de l’Éducation nationale.

Des collèges favorisés plus mixtes aussi

Parmi ces élèves, 94 % sont aussi entrés au lycée, la majorité en seconde générale, les autres en seconde professionnelle et d’autres, moins nombreux, en CAP. Dans le cadre de ce dispositif, l’Education nationale leur a laissé le choix de retourner dans leur lycée de secteur ou de poursuivre dans les lycées de secteur des collèges où ils avaient suivi leur scolarité. Dans quatre cas sur cinq, ils ont opté pour cette seconde solution. Ainsi, neuf élèves de la Reynerie ont pu intégrer une seconde au lycée Pierre-de-Fermat.

Pour Etienne Butzbach, coordinateur du réseau mixité à l’école, cette expérimentation vérifie les hypothèses qu’ils avaient émis en demandant la fermeture des 100 collèges français les plus ségrégués et devraient servir d’exemples. « Quand on met des élèves dans un milieu stimulant, on arrive à des effets importants. Trop souvent on aborde la question de la mixité par petites touches. C’est une démarche collective de longue haleine pour faire bouger les représentations », a indiqué ce membre du Centre national d’études des systèmes scolaires qui suit les différents dispositifs au niveau national.

Evolution du taux d'élèves défavorisés dans les collèges de Toulouse entre 2016 et 2020.
Evolution du taux d'élèves défavorisés dans les collèges de Toulouse entre 2016 et 2020. - CD 31

Il y voit aussi un bénéfice de mixité social dans les collèges favorisés qui ont accueilli les élèves du Mirail. Des établissements comme le collège Bellevue, dont le niveau d’élèves issus des milieux défavorisés était de moins de 20 % en 2016, a augmenté de 13 % en quatre ans, se situant toujours en dessous de la moyenne départementale des 35 %.

Un changement de sociologie qui n’a pas conduit les parents d’élèves de ces établissements huppés à les fuir pour le privé. Le taux moyen de respect de la carte scolaire est resté à 60 % sur l’ensemble des collèges de Toulouse ces dernières années.