Encore des questions, mais déjà des réponses

Béatrice Colin

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Un mois après son début, le procès de la plus grande catastrophe industrielle d'après-guerre en France risque, cette semaine, de connaître un tournant. Mardi, le tribunal correctionnel de Toulouse va en effet entendre trois acteurs majeurs du dossier. Daniel Van Schendel, l'un des experts de la thèse officielle, viendra expliquer ce qui lui a permis d'orienter son enquête vers la piste chimique. Cette même piste, Michel Bréard, le procureur de la République de l'époque, devra justifier pourquoi il l'a privilégiée à « 90 % » seulement trois jours après l'explosion. Une prise de position qui avait alors suscité la crispation et le doute chez de nombreux salariés de l'usine.

Enfin, le témoignage de Thierry Perriquet, juge d'instruction chargé du dossier, est aussi très attendu. « Il n'a pas voulu remonter avant le 21 septembre et a laissé entrer dans le dossier tout et n'importe quoi », souligne Frédéric Arrou, président de l'Association des sinistrés du 21 septembre. Pour lui, plus le procès avance, plus sa conviction qu'il s'agit d'un accident chimique est confortée. « On s'aperçoit que certaines thèses et idées préconçues ne reposaient sur rien », estime-t-il, en référence à la piste de l'attentat et au débat sur la liste du nombre de corps retrouvés sur le site. Le son de cloche est différent chez les ex-salariés, après plus de quinze jours d'audience : « La confirmation que la thèse officielle a été montée de toutes pièces », affirme Jacques Mignard, le président d'AZF Mémoire et Solidarité. Pour lui, le procès n'a vraiment débuté que jeudi dernier, avec le témoignage des responsables de l'enquête. Le mois passé aura permis « de sortir de cette caricature de l'usine poubelle ». Un avis partagé par le délégué régional de Total, Patrick Timbart. Chacun reste donc campé sur ses convictions, pendant que le président Le Monnyer déroule son programme. Et c'est bien le seul à faire consensus. Tous s'accordent à dire qu'il connaît bien le dossier et qu'il est mesuré dans sa façon de mener les débats. ■