bataille de spécialistes autour de produits chimiques

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Juges et auditoire ont été ravalés hier au rang de petits chimistes, avec la venue à la barre de deux membres du collège d'experts judiciaires, dont les travaux ont conduit à la thèse officielle de l'accident chimique. Ce dernier ayant été provoqué, selon eux, par la rencontre accidentelle de DCCNa, un dérivé chloré utilisé notamment pour l'entretien des piscines, et les nitrates d'ammonium déclassés du hangar 221. Dominique Deharo et Claude Calisti ont donc décortiqué ces deux produits. Ce cours de chimie s'est animé quand le président a demandé « des éléments sur la toxicité du DCCNa ».

En effet, lors d'une reconstitution en octobre 2002, personne n'avait pu reproduire les gestes supposés d'un intérimaire qui en aurait pelleté par erreur. L'odeur dégagée était insupportable. Le président a lu un rapport réalisé à la demande du juge d'instruction par un laboratoire de pyrotechnie. Ses experts ont noté les difficultés respiratoires provoquées. Mais quand ils ont soumis les produits aux conditions météo et d'humidité qui ont prévalu dans les jours précédant le 21 septembre 2001, ces effets gênants avaient disparu...

Evidemment, un expert de Total conteste les conditions de l'expérience. Pas Dominique Deharo. « Je me suis moi-même rendu sans masque dans un atelier de conditionnement de DCCNa. Ça sentait le chlore, je suis d'accord, mais je n'ai pas été incommodé », a-t-il raconté à la barre. Puis, les deux spécialistes ont essuyé le feu nourri de questions techniques de Mauricia Courrégé, avocate de Grande Paroisse. Son collègue, Daniel Soulez-Larivière, a conclu l'« interrogatoire » en demandant, très énervé, si « ces gens qui ont provoqué la mise en examen de dix-neuf personnes savent seulement ce que sont les produits dont ils parlent ? » Visiblement, la stratégie de Total est de décrédibiliser les experts judiciaires. ■ H. M.