Dissensions et colère à la barre

Béatrice Colin

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Après l'émotion mercredi, la colère s'est exprimée hier au tribunal correctionnel. Successivement, les présidents des associations de victimes ont pris la parole, chacun évoquant ses attentes du procès. Au nom des anciens salariés, Jacques Mignard, président d'AZF Mémoire et Solidarité, a été le premier à témoigner de sa journée du 21 septembre, qu'il a passée à « sortir des corps » et à « les identifier ». Sans ciller, il a tenu à dénoncer « l'oubli » de ses camarades, mais aussi les critiques dont ils ont fait l'objet aux lendemains de l'explosion. « On parlait d'usine de la mort : c'est quelque chose d'insupportable (...). Notre honneur a été bafoué », a-t-il lancé à l'intention de certains sinistrés.

Se sentant visé, Frédéric Arrou, au nom de l'Association des sinistrés du 21 septembre, a voulu rappeler aux salariés que « jamais, jamais, nous ne les avons désignés comme responsables. Ce n'est pas notre sentiment, nous déplorons ce fossé. » Il a préféré désigner l'industriel et « ceux qui regardent les courbes » de la Bourse.

C'est aussi à Total que Gérard Ratier, le président de l'Association de familles endeuillées, a réservé son courroux. « Je considère que les responsabilités se situent au niveau du groupe Total, dernier propriétaire du site. Cela ne se serait jamais produit si une frontière étanche entre le nord et le sud avait existé », entre les endroits où se trouvaient les produits chlorés et les ammonitrates. Il a aussi dénoncé les agissements de la commission d'enquête interne, qui est intervenue juste après l'explosion. « Elle a suspecté immédiatement l'accident chimique. En modifiant la véritable scène de crime, en laissant sciemment disparaître des pièces à conviction, ses membres ont entravé l'enquête judiciaire », a-t-il insisté. Un point qu'il avait déjà soulevé durant l'instruction et qui a « fait l'objet d'un non-lieu » a rappelé le président Le Monnyer. ■