Toulouse : Pour s’attaquer aux dérives communautaristes dans le sport, la mairie va conditionner ses aides aux clubs

LAICITE La mairie de Toulouse a décidé de s’attaquer à la lutte contre la radicalisation dans le sport, en parallèle de celles contre toutes les formes de discrimination

Béatrice Colin

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La mairie de Toulouse a mis en place une charte pour lutter contre les discriminations et la radicalisation dans les clubs sportifs.
La mairie de Toulouse a mis en place une charte pour lutter contre les discriminations et la radicalisation dans les clubs sportifs. — shauking/Pixabay
  • Depuis 2018, la mairie a mis en place une charte « des principes et valeurs républicains » signée par les associations subventionnées.
  • Pour éviter la radicalisation dans les clubs sportifs, dont moins d’une dizaine serait concernée à Toulouse, la collectivité a décidé d’étendre ces principes à travers de nouvelles mesures.
  • Dans le cadre de la mise en place de l’Agora du sport, un espace de discussions créé en septembre, de nouveaux critères d’attribution des subventions seront édictés avec un système de bonus-malus en fonction de l’adhésion à ces valeurs.

A Toulouse, entre quatre et huit clubs sportifs seraient sur les écrans radars des renseignements territoriaux pour leurs dérives communautaristes. L’un des plus emblématiques a été celui de cette association de Lutte. Fin 2017, les premiers signes de radicalisation étaient signalés au comité régional, notamment la tenue de prières dans les vestiaires ou des prises de position vis-à-vis des tenues vestimentaires des jeunes licenciées. Le même club où un an plus tard, Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty, avait fait un passage éclair lorsqu’il séjournait à Toulouse avant d’en être évincé pour manque d’assiduité.

A l’époque, les responsables du comité et la mairie avaient rapidement décidé de mettre le holà et l’avaient signalé à la préfecture. Dans le viseur des services de renseignement, la direction du club avait alors été complètement remaniée et s’était engagée à maintenir des valeurs de laïcité. Un engagement contre la radicalisation que la ville de Toulouse veut étendre à l’ensemble des associations sportives. Cela passe par l’adhésion à la Charte des principes et valeurs républicains mise en place par la mairie en 2018 pour toutes les associations subventionnées ou qui utilisent un équipement public.

« La radicalisation dans le sport est un vrai problème qui touche la jeunesse. Le phénomène est plus ou moins sous-jacent et plus ou moins détectable, c’est une raison de plus pour faire un effort spécifique », souligne le maire LR de la Ville rose, Jean-Luc Moudenc.

Adhésion à la charte et respect des valeurs

Pour que cela soit effectif, la ville va utiliser sa future « Agora du sport » qui sera installée à la rentrée prochaine. Au sein de cette instance, diverses questions seront abordées, notamment celle des questions des valeurs républicaines mais aussi plus généralement des subventions aux associations sportives.

« Nous allons remettre à plat les critères d’attribution des subventions au sein de l’Agora pour éviter le manque d’équité. L’adhésion à la charte, ce sera aussi un facteur de bonification. L’idée est vraiment de lutter contre les discriminations, que ce soit sur les questions de mixité, d’accueil des enfants handicapés. Et lorsque les principes des valeurs républicaines ne sont pas respectées, il y a aura aussi un système de malus », explique Laurence Arribagé, l’adjointe aux Sports.

Pour compléter ce dispositif incitatif auprès des clubs, la mairie a en parallèle décidé de former ses agents sur les questions de laïcité et prévention de la radicalisation, notamment de ceux qui travaillent au sein des équipements sportifs. « Ils vont être attentifs à de petits signes, comme quand un coach commence à ne plus serrer la main des filles ou lorsque les effectifs féminins passent de 15 à 3 en très peu de temps », cite en exemple l’élue.