Toulouse : « Je me sens moins seule, d’un coup »… Comment des avocats viennent en aide aux victimes de la crise sanitaire

REPORTAGE A Toulouse, pour faire face aux dégâts de la crise sanitaire, des avocats tiennent de nouvelles permanences gratuites au sein même des associations caritatives. Petite incursion dans une salle de réunion discrète de Restos du cœur

Hélène Ménal

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Le codes, du travail et de procédure civile, côte à côte
Le codes, du travail et de procédure civile, côte à côte — POUZET20MN/WPA/SIPA
  • Durant la crise sanitaire, le nombre de bénéficiaires de la crise sanitaire a bondi de 30 %.
  • Pour se rapprocher des nouveaux précaires, la justice, à travers la Commission départementale d’accès au doit (CDAD) vient de mettre en place des permanences gratuites d’avocats là où la détresse est la plus prégnante, au sein même des associations caritatives.
  • C’est le cas au Secours catholique, au Secours populaire. Et aux Restos du cœur où 20 Minutes a rencontré Anastasia et son avocat d’un jour.

« Je me sens moins seule, d’un coup ». Le soulagement d’Anastasia* est perceptible. Cette mère célibataire de trois enfants à qui une agence immobilière demande une somme astronomique pour la remise en état de son appartement, déjà insalubre au moment de son aménagement, sait que les huissiers ne vont pas débarquer chez elle demain matin. Un jeune avocat vient d’examiner, gratuitement, son cas, d’en discuter longuement avec elle à bâtons rompus et de poser ses « différentes options » sur la table. Pas dans un cabinet cossu du centre-ville de Toulouse. Elle n’y aurait jamais songé. Mais, sous le regard d’un portrait de Coluche, dans une banale salle de réunion des Restos du Cœur.

Anastasia essuie les plâtres des toutes nouvelles permanences d’avocats mises en place par le Conseil départemental d’accès au droit (CDAD) pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire. En Haute-Garonne, les consultations gratuites sont déjà proposées dans 55 points justice et les trois maisons de la Justice et du droit. « Il faut souvent prendre un rendez-vous auprès d’un agent communal », souligne Thibault Flour, l’avocat bénévole qui reçoit Anastasia.

« Les dégâts de la crise sanitaire vont être considérables »

Et à l’heure où le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire a bondi de 30 %, l’idée est de se rapprocher encore davantage du public précaire avec ces permanences mensuelles au Secours catholique, au Secours populaire et donc aux Restos du Cœur. Là où des volontaires aguerris, au détour d’une inscription, d’une conversation, d’un regard implorant, perçoivent qu’une aide juridique s’impose. Dans le cas d’Anastasia, c’est Nicole Verdié, la responsable départementale de l’aide globale à la personne, qui a procédé à l’inscription. Bien sûr, quand il s’agit de s’informer sur les raisons de la suspension d’un RSA, son équipe active ses réseaux.

Tous les mois désormais, un avocat volontaire se rend dans les locaux des Restos du cœur de Toulouse, pour venir en aide aux bénéficiaires.
Tous les mois désormais, un avocat volontaire se rend dans les locaux des Restos du cœur de Toulouse, pour venir en aide aux bénéficiaires. - H. Menal - 20 Minutes

« Mais il faut reconnaître nos limites, nous restons des bénévoles. Les avocats connaissent la loi et notre rôle est aussi de passer le témoin à des professionnels quand il le faut », confie la dynamique responsable départementale. Elle a identifié trois thèmes sur lesquels les juristes seront indispensables : le droit des étrangers, de la famille et des consommateurs. Et elle n’est pas inquiète pour remplir les créneaux de la permanence, tant elle voit défiler de malheurs et de témoignages de violence dans son petit bureau. « Autoentrepreneurs, étudiants, les dégâts de la crise sanitaire vont être considérables », prédit la bénévole.

En attendant les prochains dossiers. Anastasia est « rassurée ». « Ça m’a fait du bien de parler », assure-t-elle. Thibault Flour, son avocat d’une après-midi, va rester en contact avec elle par courriel. Il est heureux d’avoir pris ce tour de permanence et d’avoir pu être « encore plus proche des gens ». Bientôt quand les conditions sanitaires le permettront, il prendra son tour de garde directement sur le parking. Sur les banquettes d’un camion « des droits du cœur ». En toute discrétion.

* Le prénom a été changé