La valse des avocats au chevet des victimes

Hélène Ménal

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Distribution de robes noires pour victimes de dernière minute. Quatre avocats, assignés par le barreau de Toulouse, ont reçu hier dans un minuscule local à l'entrée de la salle d'audience, une vingtaine de personnes qui demandaient, au dernier moment avant l'ouverture du procès AZF, la désignation d'un défenseur commis d'office. « Pour la plupart il s'agit de victimes matérielles et déjà indemnisées, mais qui ont envie d'être dans le procès, de voir leur nom cité dans le jugement. Elles veulent être acteurs car c'est de leur histoire dont il s'agit », explique Denis Boucharinc, le coordinateur de cette cellule des robes noires.

Cinq autres personnes avaient contacté les avocats la semaine dernière dont « un homme blessé par des éclats de verres et détenteur d'un certificat médical en bonne et due forme ». Cinq avocats commis d'office ont été désignés hier pour défendre quatre clients chacun. La cellule restera « physiquement » en place pendant les deux premières semaines du procès mais elle fonctionnera pendant plusieurs mois puisque toute victime peut se constituer partie civile jusqu'aux réquisitions du procureur. « Ensuite, nous essaierons de mutualiser les dossiers qui se ressemblent, de façon à organiser un relais et à ne pas condamner un commis d'office à laisser tomber son cabinet pendant quatre mois », souligne François Axisa, le bâtonnier de Toulouse.

Ce dernier a eu une journée chargée. Il a été informé en début de matinée que six personnes se trouvaient brusquement privées d'avocat. Il s'agit de six citoyens impliqués dans la « citation directe » du groupe Total et de son ex-pdg Thierry Desmarest. Elles souhaitent les voir au banc des accusés et étaient défendues jusque-là par le Toulousain Christophe Lèguevaques. Mais ce dernier ayant accepté d'être aussi le conseil de la mairie (qui s'est engagée par contrat à ne pas attaquer directement Total), il a dû laisser tomber le dossier. « Ces personnes ont été abandonnées. Mon devoir était de leur assurer une défense », dit le bâtonnier. Le choix de François Axisa s'est porté sur « l'expérience ». Celle du ténor toulousain Simon Cohen. Qui a immédiatement accepté et entrera dans l'arène mercredi pour la citation directe. ■Lire aussi p. 6