Toulouse : Une étudiante travaillant chez Chronodrive a-t-elle été mise en pied à cause d’un tweet ?

RESEAUX Une étudiante toulousaine salariée de Chronodrive a été mise à pied. Officiellement, pour un tweet critiquant l’entreprise

Hélène Ménal
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Dans un magasin Chronodrive. Illustration
Dans un magasin Chronodrive. Illustration — BAZIZ CHIBANE/SIPA
  • Rozenn, 19 ans, travaille depuis un an dans un Chronodrive toulousain.
  • L’étudiante a été mise à pied le 6 mars, à la suite d’un tweet dénonçant le gaspillage alimentaire dans l’entreprise.
  • Chronodrive confirme qu’il reproche à l’étudiante de le dénigrer et « la violation de [son] obligation contractuelle de loyauté ».
  • Mais son syndicat, la CGT, pense qu’elle paie son activisme interne contre les violences sexistes ou sexuelles.

La fin du mois s’annonce difficile pour Rozenn, une étudiante toulousaine de 19 ans qui depuis le premier confinement travaille dans un magasin Chronodrive pour boucler son budget. Plutôt travaillait. Car, depuis le 6 mars, il n’est même plus question de « se casser le dos pour 400 euros par mois ». Rozenn est mise à pied, sans savoir s’il s’agit d’un prélude à un licenciement.

Lors de l’entretien « préalable en vue d’un licenciement » auquel elle a été convoquée lundi, sa direction a invoqué sa « rupture de loyauté ». Plus précisément un tweet, posté le 25 février en réponse à un message de l’enseigne sur ses emballages durables : « Mdr ça va les mitos ? Je travaille à Chronodrive, je vous dis même pas combien d’aliments on nous force à jeter parce que l’emballage est un peu abîmé. » « C’était du greenwashing, j’ai témoigné sur le gaspillage alimentaire », dit-elle, sans regret.

Alors, a-t-elle perdu son job pour avoir critiqué son entreprise ? La jeune fille a des doutes. « A aucun moment on ne m’a demandé de retirer ce tweet », précise-t-elle. Mais l’entreprise confirme le motif : « Les faits qui lui sont reprochés sont notamment un dénigrement des actions RSE [Responsabilité sociale des entreprises] de Chronodrive sur les réseaux sociaux, indique-t-elle à 20 Minutes. L’entreprise considère que cela porte atteinte à l’image commerciale et constitue une violation de l’obligation contractuelle de loyauté vis-à-vis de l’employeur ».

Militante féministe

Rozenn pense surtout que ce sont ses activités syndicales et militantes intenses qui l’ont placée dans le collimateur. Car dès son arrivée dans l’entreprise, Rozenn s’est syndiquée dans la toute jeune section CGT. Elle a créé une page Facebook, accompagné plusieurs salariées dénonçant des violences sexistes ou sexuelles, multiplié les vidéos, les appels. « On a libéré la parole », résume-t-elle, persuadée qu’elle en paie maintenant le prix. C’est en tout cas le sens de la pétition qui circule en ligne depuis le 15 mars, jour de la prolongation de la mise à pied de l’étudiante, et qui frôle déjà les 18.000 soutiens. Chronodrive dément de son côté « catégoriquement cette affirmation ».

Pas de quoi décourager la CGT qui appelle les salariés à la grève et à un rassemblement le samedi 27 mars (à 15 heures) devant le magasin de Basso-Cambo.