Toulouse : Les étudiants en médecine de la « génération sacrifiée » en plein cauchemar

TRIPLE PEINE En plus d’appartenir à la « génération Covid », les candidats au concours de médecine essuient les plâtres d’une réforme qui leur laisse très peu d’espoir. A Toulouse, la crise (de nerf) est particulièrement aiguë

Hélène Ménal

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A Toulouse, 1.200 étudiants de première année sont inscrits au concours 2021.
A Toulouse, 1.200 étudiants de première année sont inscrits au concours 2021. — Syspeo - Sipa
  • En pleine crise sanitaire, les candidats au concours de médecine vivent une réforme de leur filière dont les débuts génèrent un sentiment d’injustice et de perte de chances.
  • Parents, enseignants, étudiants à bout de nerfs, la fronde monte dans toute la France et en particulier à Toulouse.
  • La potion est amère pour la « génération sacrifiée ».

Briguer médecine n’a jamais été une sinécure. Les candidats au concours savent qu’ils sont là pour en baver. Comme tous les étudiants de la « génération Covid », ils souffrent, en plus du stress et de l’émulation inhérents à leur filière, de l’isolement et des cours en distanciel. Mais pour les aspirants carabins de Toulouse, la vocation vire au cauchemar. « Au carnage » même, glisse Anna*, une étudiante studieuse qui ressasse désormais la conviction « d’être née une année trop tôt ou trop tard ».

Car, triple peine, cette terrible année 2021 est aussi celle de l’application de la réforme des études en santé. Qui, sur le papier, part d’une bonne intention. Finie la filière Paces, c’est désormais le Parcours d’accès spécifique santé (Pass) et la Licence accès Santé (LAS) qui prévalent pour accéder au graal des filières médicales : médecine, maïeutique, odontologie et pharmacie. Le Pass a une dominante médicale, le LAS privilégie une autre spécialité. Et dans les deux cas, en cas d’échec au concours, les étudiants peuvent glisser en L2 dans leur mineure pour les uns, de leur majeure pour les autres, sans perdre une année d’études. En revanche, sauf repêchage selon des modalités compliquées et encore un peu mystérieuses, plus question de redoubler.

« Usine à gaz »

Mais, dans les faits, « c’est une usine à gaz », dénonce, un parent du « collectif Pass/Las Toulouse » qui souhaite rester anonyme et se dit « atterré » de la façon dont sont traités les très jeunes étudiants de première année.

Anna par exemple est en Pass à la faculté de médecine de Rangueil et a choisi sur Parcousup une mineure « Science », croyant faire logiquement de la biologie. La voilà inscrite en programmation informatique et physique optique. « Comme les notes comptent aussi pour le concours, je passe au moins huit heures par semaine sur des matières que je n’ai pas choisies, expose-t-elle, alors que ceux qui font Droit au Staps y consacrent beaucoup moins de temps ». Sans compter le programme de médecine proprement dit qu’on annonçait allégé dans la réforme mais qui ne s’avère que « condensé ».

Des quotas qui passent mal

La pression a viré à la « dépression » quand ont commencé à tomber le 10 février les hypothèses de « numerus apertus », les places ouvertes au concours à Toulouse. En cette année hybride, il y a une répartition des quotas entre Pass/Las et redoublants (issus de trois facultés) de Paces. Selon le collectif, « les redoublants sont favorisés ». Ils auraient 44 % de chances d’avoir le concours contre 13 % pour les Pass, qui, eux, n’auront pas (ou probablement pas) la possibilité de redoubler. Sur 1.200 inscrits à Toulouse, il y aura 160 places en médecine pour les première année, 112 en Pass, 48 en Las.

« Je connais des médecins qui avaient pressenti les effets de la réforme et qui ont inscrit leurs enfants en fac pour qu’ils ne tentent pas médecine cette année », témoigne le père de famille remonté. Ultime récrimination, les notes du 1er semestre ne sont pas encore tombées (mais c’est prévu pour ce mercredi) alors que le concours final se profile et que certains étudiants s’escriment encore alors qu’ils traînent peut-être déjà une note éliminatoire : moins de 8 dans une seule matière, et c’est terminé.

Alors, y aura-t-il un dialogue ? De nouveaux quotas, des réglages ? Sollicité par 20 Minutes, le doyen de la faculté de médecine de Rangueil n’a pas souhaité s’exprimer.

* Le prénom a été changé