Coronavirus à Toulouse : « Je ne connais pas d'étudiants qui ne sont pas à découvert en début de mois »

UNIVERSITES Entre problèmes financiers et mal-être des étudiants, le service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé doit faire face à une hausse des demandes de toute nature

Béatrice Colin

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Les allées désertes de l'Université Toulouse Jean-Jaurès, le campus installé au coeur du Mirail .
Les allées désertes de l'Université Toulouse Jean-Jaurès, le campus installé au coeur du Mirail . — B. Colin / 20 Minutes
  • Une manifestation étudiante a lieu mardi pour demander la reprise des cours en présentiel à tous les étudiants.
  • Au service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé, le nombre de demandes a fortement augmenté depuis un an, notamment en aides financières et psychologiques.

Le flot incessant d’étudiants s’est tari depuis plusieurs mois à la sortie de la station de métro Mirail-Université. Dans les allées de Toulouse-Jean-Jaurès (UT2J), les visiteurs sont rares même si l’université compte plus de 30.000 inscrits sur l’ensemble de ses sites. Ce qui n’est pas le cas des couloirs du service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (Simpps). Là, les étudiants attendent d’être reçus par une infirmière ou encore un psychologue.

« On leur propose des rendez-vous téléphoniques, mais nombre d’entre eux préfèrent venir voir quelqu’un. Il y a un véritable mal-être, ils se retrouvent seuls chez eux, dans leur petite chambre, sans les échanges et la possibilité de faire de nouvelles connaissances comme c’est le cas habituellement », expose Soraya Abdelouhab, une des assistantes sociales du service. Cette dernière a vu le nombre de demandes d’aides financières exploser ces derniers mois.

100.000 euros d’aides d’urgence

Car les petits jobs étudiants ont disparu, en particulier dans le secteur de la restauration, véritable pourvoyeur d’emplois. Du coup, certains sont obligés de pousser la porte des Restos du cœur, avec qui l’université à un partenariat, ou celles de l’épicerie sociale locale. « Nous avons mis en place dès l’an dernier une aide d’urgence sanitaire de 200 euros par étudiant, renouvelable et débloquée rapidement pour ceux qui en ont besoin. 100.000 euros ont déjà ainsi été attribués », explique Emmanuelle Garnier, la présidente de l’UT2J.

Un moyen pour ceux dans la galère de remplir leur frigo quand leur compte bancaire affiche zéro. « Je ne connais pas d’étudiants qui ne sont pas à découvert en début de mois. Il y a eu des gestes, des aides, mais depuis des mois la plupart n’ont plus de jobs, ils n’ont pas pu faire la saison cet été. La précarité est réelle, en particulier chez les étudiants étrangers qui se retrouvent sans ressource et dont les familles vivent aussi des difficultés chez elles », souligne de son côté Axel Loscertales, vice-président étudiant de l’UT2J.

Ce mardi, il participera à la manifestation demandant la réouverture des universités et le retour de tous les étudiants sur les bancs des amphis, pas uniquement les premières années. Car pour lui, aux problèmes financiers qui les font tomber dans la précarité, s’ajoute celui de la détresse psychologique née des cours en distanciel et de l’isolement. Et ils sont nombreux à téléphoner (05 61 50 41 41) pour échanger avec les médecins, psychiatres et psychologues. Au point que pour faire face à la hausse des demandes, le Simpps, qui couvre plusieurs universités, soit près de 100.000 étudiants, a fait appel à des renforts.

« La situation psychologique des étudiants est préoccupante, il faut qu’ils puissent se tourner vers ce service, qu’ils sachent que cela existe et n’aient pas de réticences à venir », insiste de son côté Nadia Pellefigue, la vice-présidente de la région Occitanie en charge de l’Enseignement supérieur. En plus de fournir des clés 4G et des ordinateurs à plus de 1.000 étudiants, la collectivité a financé en partie des postes supplémentaires de psychologues et assistantes sociales au Simpps.