Les Toulousains ne se sont pas défilés

Rédaction toulousaine

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Pas aussi fort qu'en 2003 pour les retraites, mais aussi bien qu'en 1995 contre Juppé. Hier, 56 000 personnes selon la police, 90 000 selon l'intersyndicale, ont manifesté dans les rues de Toulouse pour la défense du service public, du pouvoir d'achat et contre les politiques du gouvernement. Si les fonctionnaires se sont déplacés en nombre contre « la casse de l'école » et « de l'enseignement supérieur », les salariés du secteur associatif social et du privé étaient aussi au rendez-vous : la Fnac, Airbus, Microturbo, Freescale... Sans oublier les incontournables blouses bleues des Molex de Villemur, dont l'usine, bien que bénéficiaire, est condamnée à la fermeture par ses actionnaires.

Transformée en femme sandwich, une retraitée affiche son problème simplement : « Mon dentiste me demande 2 000 euros. Je gagne 1 200 euros par mois, comment je mange ! » Le pouvoir d'achat, c'est aussi ce qui mobilise les salariés d'EADS-Astrium. « Chez nous, du boulot, il y en a. De l'argent aussi, car EADS a une bonne trésorerie et la redistribue à ses actionnaires, on aimerait nous aussi en profiter. On a eu des augmentations, mais inférieures à celle du coût de la vie », dénonce Michel Molesin, de la CGT. Dans le cortège, assez triste et silencieux, il y avait aussi ceux pour qui ça va encore bien. Nombre d'entre eux sont venus « par solidarité », d'autres « pour pousser tout simplement un grand cri libérateur contre Sarkozy et contre sa politique en général ». Cathy est de ceux-là. Cette ingénieur en informatique aligne les griefs : « Je n'ai pas envie de payer pour aller retirer un colis dans un centre privé, pas envie que mon maire me demande si je veux bien faire garder ma fille par le cantonnier parce qu'il n'arrive pas à mettre en place le service minimum. Et puis j'ai entendu Eric Woerth [le ministre du budget] hier matin à la radio. En dix minutes de bla-bla, il m'a convaincue de venir manifester. » « Sarkozy, jusqu'à présent, il était sourd. Si avec tout ça, il ne commence pas à entendre, c'est à désespérer », conclut Bernard Lagueny, le secrétaire de l'union départementale CGT. ■